Joe Biden n'a pas mentionné dans son discours sur l’état de l’Union la visite du ministre de l'Economie français, Bruno Le Maire, et du vice-chancelier et ministre de l'Economie allemand, Robert Habeck, à Washington. Mais il y a fait une discrète allusion. Mardi 7 février au soir, du Capitole, le président américain n’a pas manqué de rappeler, que «bien qu’on le critique ici ou là pour sa politique», il n'en démord pas, «la chaîne d’approvisionnement industrielle commence ici, aux Etats-Unis».
Si Bruno Le Maire et Robert Habeck entendaient amender le protectionnisme de l'Inflation reduction act (IRA), dont les ristournes fiscales, essentiellement destinées aux batteries et aux véhicules américains pénalisent les industriels européens, ils ont eu le droit à une réponse des plus directes par un président qui, durant sa campagne, avait repris le slogan America First de son prédécesseur Donald Trump et, par exemple, promis aux syndicats de la métallurgie de ne signer aucun accord commercial avec des producteurs d’aluminium étrangers.
Un «message» adressé à la politique industrielle américaine
A Washington, la visite des deux ministres avait d’emblée était interprétée par la presse comme "un message" adressé à la politique industrielle américaine, dont peu de résultats étaient attendus, du simple fait que seule l’Union européenne pouvait mener des négociations et conclure des accords de ce type. Robert Habeck a lui-même consenti que l’IRA n’est aujourd’hui qu’au début de sa phase de mise en œuvre et qu'«[ils avaient] une fenêtre de plusieurs mois pour trouver des solutions». Quant à Bruno Le Maire, il a reconnu «qu’il n’avait jamais été [son] intention de changer les lois américaines, mais qu’il ne peut y avoir de saine concurrence sans une totale transparence sur l’ampleur des "subventions" contenues dans cette loi» qui réserve près de 300 milliards de largesses fiscales aux énergies renouvelables et aux automobiles produites en Amérique du Nord.
Les deux ministres ont fait part de leur constat à la secrétaire au Commerce, Gina Raimondo, et à la secrétaire au Trésor, Janet Yellen. La première semble avoir réduit leurs espoirs d’un compromis en promouvant devant eux l’IRA comme «un outil essentiel pour les Etats-Unis et sa législation la plus importante sur la question du climat». Elle encourage néanmoins les pourparlers sur le commerce et la technologie a travailler sur la transparence de ces avantages accordés aux produits américains. Tandis que Janet Yellen soulignait l’importance de stimuler l’innovation technologique des deux côtés de l’Atlantique…
Leur rencontre la moins commentée a eu lieu avec Joe Manchin, sénateur de Virginie-Occidentale, un démocrate modéré qui avait à plusieurs reprises limité les projets de financement d’infrastructures de Joe Biden en raison de leurs coûts, mais avait éminemment contribué au passage de l’IRA. Joe Manchin avait été approché par Emmanuel Macron lors de sa visite d’Etat à Washington en novembre 2022, qui lui avait fermement déclaré, à propos de l’IRA: «Vous faites du mal à mon pays». Le sénateur pourrait aujourd’hui être plus attentif aux plaintes européennes. Mais les deux ministres manquent aussi d’alliés au Congrès des Etats-Unis.



