Garant de la sécurité nationale pour Washington, péril imminent pour la compétitivité européenne selon Bruxelles, l’Inflation reduction act (IRA) rebat totalement les cartes de la relation transatlantique. Jeudi 8 et vendredi 9 février, les 27 dirigeants de l’Union européenne (UE) se retrouveront à Bruxelles pour tenter de répondre de manière unifiée à cette loi inédite qui prévoit 370 milliards de dollars d’investissements et d'autres aides en cascade, destinés à lutter contre le changement climatique. Mais difficile pour les Européens mis au pied du mur de trouver la bonne formule pour réagir.
«Un certain nombre de composantes de l’IRA nous inquiètent», admet Matthias Jorgensen, qui traite des Etats-Unis et du Canada au sein de la direction générale du Commerce («DG Trade») de la Commission européenne et participait à un débat consacré aux relations transatlantiques mi-janvier. Et le haut-fonctionnaire de citer, pêle-mêle, «les discriminations contre les produits européens», «le montant des subventions» ou «la difficulté pour les produits européens d’être compétitifs, même sur les marchés des Etats tiers».
«En bref, les Etats-Unis ferment leur marché aux entreprises européennes et proposent des subventions tellement intéressantes que des entreprises qui avaient des projets en Europe les abandonnent et se tournent vers les Etats-Unis», résume l’eurodéputée Valérie Hayer (Renew Europe). Philipp Lausberg, spécialiste de la politique industrielle de l’UE au sein du think-tank European policy centre (EPC) à Bruxelles, voit pour sa part dans l’IRA «une tentative d’attirer à soi les entreprises vertes basées dans l’UE, à un moment où l’UE souffre déjà de prix de l’énergie bien plus élevés qu’outre-Atlantique».
Utiliser les fonds déjà existants
Mercredi 25 janvier, une réunion des ambassadeurs nationaux auprès de l’UE, réunis au sein du «Coreper», a donné à voir de vives divergences entre les Etats membres - qui ne laissent rien présager de bon pour le Conseil européen de février. Comme souvent, l’argent est la pierre d’achoppement entre les délégations, et le traditionnel clivage entre les Etats dits «frugaux» et les pays moins réticents à mettre la main au portefeuille se retrouve dans ces négociations.

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Si l’option de procéder à un nouvel assouplissement des aides d’Etat en Europe est relativement consensuelle, celles de doter la Commission européenne d’une nouvelle capacité d’emprunt et de créer un fonds de souveraineté inédit pour garantir la compétitivité de l’industrie européenne font davantage grincer les dents. «La France et l’Allemagne sont derrière l’idée de libéraliser les aides d’Etats, et ça, c’est habituellement la recette du succès. En revanche, l’Allemagne et les Etats frugaux sont contre l’idée d’un financement en commun, ce qui rendra les pourparlers plus compliqués», témoigne Philipp Lausberg, de l’EPC. Le Conseil européen risque de se contenter de plaider pour l’utilisation des fonds déjà existants, comme le plan de relance «Next generation EU» ou les enveloppes labellisées «RePower EU».
L’autonomie stratégique, le retour
Valérie Hayer considère l’IRA comme un «électrochoc», mais «ce n’est pas le premier»: «Avec la pandémie, on a vu la dépendance de l’Europe à la Chine pour les masques, à l’Inde pour le paracétamol. La guerre en Ukraine a dévoilé la dépendance à la Russie pour l’énergie… On sait aussi que l’UE dépend de Taïwan pour les puces et de la Chine pour les panneaux photovoltaïques… L’IRA soulève une fois de plus la question de l’autonomie stratégique de l’UE.» L’eurodéputée en est convaincue: pour la garantir, il est nécessaire de mettre sur pied un fonds de souveraineté.
Une résolution du Parlement européen devrait appeler à sa mise en œuvre. Sobrement intitulée «une stratégie industrielle de l'UE pour stimuler la compétitivité industrielle, les échanges commerciaux et la création d'emplois de qualité», elle doit être votée par l’ensemble des eurodéputés jeudi 2 février. La veille, la Commission européenne aura très vraisemblablement mis sur la table ses propositions en vue d’organiser la riposte à l’IRA, permettant ainsi aux dirigeants européens de plancher sur des pistes concrètes. Mais le potentiel futur fonds de souveraineté, lui, ne sera pas esquissé avant le printemps, voire l’été.



