Entre industriels et distributeurs de l'agroalimentaire, le bras de fer continue. Les négociations commerciales, au cours desquelles ces derniers s’entendent sur les prix de l’année à venir, se sont achevées le 1er mars. Mais le gouvernement entend lancer un nouveau round. Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, et la ministre déléguée au Commerce, Olivia Grégoire, ont envoyé une lettre en ce sens à l'Ania, la principale organisation patronale de l'agroalimentaire, à l'Ilec, représentant de nombreux industriels vendant sous marque nationale (comme Nestlé, Danone ou L'Oréal) et à plusieurs géants de la distribution (Auchan, Carrefour, Leclerc etc).
Augmentation des marges
Révélée par Les Echosjeudi 6 avril, celle-ci demande «aux fournisseurs, grands industriels et acteurs de la grande distribution de s'inscrire de façon volontaire […] dans une perspective de renégociation infra-annuelle des contrats, afin que les prix de cessions soient revus à la baisse chaque fois que cela sera objectivement justifié». Les ministres reconnaissent que la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine et divers aléas climatiques ont engendré «d'importantes augmentations des coûts de production», mais ils rappellent que «plusieurs indicateurs conduisent la Banque de France à envisager une décrue de l'inflation […] en raison de la stabilisation des prix des matières premières et du ralentissement de la hausse des prix de l'énergie».
Bruno Le Maire avait déjà évoqué une réouverture des négociations dès le début du mois de mars, après la publication d'un rapport indiquant que l'excédent brut d'exploitation de l'industrie agroalimentaire avait rebondi de 50% au second semestre 2022, effaçant ainsi les pertes par rapport à 2019. «Il n’y a aucune raison pour que les répercussions à la hausse se fassent immédiatement mais pas les répercussions à la baisse», assurait-il alors. Dans sa lettre, le gouvernement pousse les distributeurs «à veiller à ce que les réductions de prix qui pourront résulter de cette renégociation soient […] restituées aux consommateurs intégralement et sans délai».
D'autres pistes envisageables
L'exécutif cherche ainsi à combattre l'inflation alimentaire, qui s'est envolée à 16,2% sur un an en mars. Une hausse encore plus importante que l'augmentation moyenne des prix de 10% sur laquelle s'étaient accordés les supermarchés et les industriels le 1er mars. Les ménages se sont adaptés face à cette valse des étiquettes, en réduisant leur consommation de plus de 40% selon l'Insee. Un comportement qui pourrait in fine gripper la croissance, attendue à 0,6% en 2023, et renforcer la contestation sociale déjà attisée par la réforme des retraites.
Interviewé par L'Usine Nouvelle fin février, Philippe Goetzmann, consultant dans l'agroalimentaire, rappelait un autre levier en mesure de faire diminuer l'inflation. «Le gaspillage alimentaire est un fléau: 16 milliards d’euros sont jetés chaque année en France et sont donc produits sans utilité – dont 5 milliards au niveau de la consommation à domicile ou au restaurant, déplore-t-il. Il y a ici une poche de valeur considérable pour baisser les prix et reconstituer des marges.»



