Passage de flambeau à la tête de la FNSEA. Le 30 mars, lors du congrès du premier syndicat agricole de France à Angers (Maine-et-Loire), Christiane Lambert a bouclé son dernier mandat à la présidence, elle qui occupait le poste depuis 2017. L’identité de son successeur, élu officiellement le 13 avril, ne faisait aucun doute : Arnaud Rousseau était seul candidat.
L’éleveuse de porcs du Maine-et-Loire laisse son siège à l'exploitant de grandes cultures en Seine-et-Marne. Le changement est sensible côté style : l'air parfois un peu bourru et les discours tantôt enjôleurs tantôt uppercut font place au combo veste cintrée/ton posé qui empruntent plus à l'homme d'affaires. D'ailleurs, si Arnaud Rousseau est issu d’une famille d’agriculteurs, il n’a pas tout de suite pris le chemin de la ferme familiale. Après un diplôme à l’European Business School, il a notamment travaillé dans le négoce.
Pas de rupture idéologique
Sur le plan des idées, les lignes ne devraient toutefois pas trop bouger. «Nous devons sortir d’une posture de "citadelle assiégée". Cela exige que nous portions collectivement la voix d’une agriculture offensive, ouverte au dialogue, qui explique les difficultés de son quotidien mais qui refuse de se laisser enfermer par les idéologies, les violences inacceptables, et les sirènes de la décroissance», a-t-il assuré dans sa profession de foi aux cadres du syndicat en décembre.
«Le paradigme était de produire sans s’occuper des problématiques qui nous entourent. Aujourd’hui, le changement climatique, l’effondrement la biodiversité sont un challenge à relever pour l’agriculture. Nous avons cette double ambition : continuer à produire et prendre en compte la question des transitions», a-t-il aussi détaillé l’été dernier aux rencontres économiques d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). «Il y a deux prérequis : le premier c’est le revenu des agriculteurs, car il n’y a pas de vie des entreprises sans revenu. La deuxième c’est la capacité à attirer dans nos métiers. Montrer que c’est un métier de passion», a-t-il ajouté.

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Et la gouvernance au quotidien ? «C’est quelqu'un qui sait s’entourer et qui fait confiance pour déléguer. Il écoute, il échange mais sait aussi trancher, quitte à déplaire», explique aussi Gurvan Le Gall, directeur de l’antenne locale de la FNSEA en Seine-et-Marne, qui a travaillé pendant des années avec Arnaud Rousseau. «Il a une vision très économique de l’agriculture : il faut de la production, que l’agriculture puisse vivre de ses produits avec un prix des denrées suffisant», poursuit-il.
La FNSEA revient chez Avril
Un credo qui ne manque pas d’attirer les critiques quant à un discours «productiviste», finalement assez éloigné des ambitions de transition affichées. «Il y a de fortes chances pour que l’on reste dans le même modèle, avec peut-être une vision encore plus industrielle et technologique», fustige aussi François Veillerette, le porte-parole de l'ONG écologiste Générations Futures dans les colonnes de Politis.
Une critique alimentée par ses fonctions à la tête du conseil d’administration du groupe Avril, fleuron de l’agroalimentaire tricolore et spécialiste des huiles, avec ses marques Puget ou Lesieur, mais aussi présent dans de nombreux secteurs d’activités comme les agro carburants. De quoi le voir affubler du sobriquet «d’agro industriel». Ce n'est pas la première fois que la FNSEA tombe dans le giron du groupe Avril : entre 2010 et 2017, Xavier Beulin possédait déjà cette double casquette.
Si le cumul des mandats est décrié en politique, Arnaud Rousseau semble ignorer la polémique. En plus de diriger une exploitation de 700 hectares avec son épouse Perrine, il est président du Fop, qui représente les producteurs d’oléoprotéagineux (colza, tournesol, pois…), vice-président de la Chambre d’agriculture d’Ile-de-France, maire de la commune de Trocy-en-Multien où se situe son exploitation, et enfin vice-président de la communauté de communes.



