Entretien

"Au Sima, les agriculteurs trouvent des solutions, pas seulement des injonctions", confie Christiane Lambert (FNSEA)

Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, le premier syndicat agricole français, revient à l’occasion du Salon international du machinisme agricole (SIMA), qui se tient à Villepinte du 6 au 10 novembre, sur les opportunités et les enjeux d’une transition de l’agriculture française vers des machines et équipements plus respectueux de l’environnement.

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Christiane Lambert et Marc Fesneau
Christiane Lambert en compagnie de Marc Fesneau, le ministre de l'Agriculture, au Sima, le 7 novembre.

L'Usine Nouvelle - Pour son centenaire, le Salon international du machinisme agricole (SIMA) s’est mis au vert, puisqu’il s’est placé sous l’égide de la technique au service d’une agriculture durable avec, au premier plan, l’agriculture de précision. Quels enseignements en tirez-vous ?

Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, premier syndical agricole français - L’agriculture est attendue sur beaucoup de sujets, comme la décarbonation et la réduction des intrants. Ici, les agriculteurs trouvent des solutions, pas seulement des injonctions. Aujourd’hui, l’agriculture française est performante que ce soit d’un point de vue économique ou en termes de traçabilité : il faut désormais aller sur l’aspect environnemental.

Par exemple, il y a 1,2 million de moteurs thermiques aujourd’hui dans le parc de machines qu’utilisent les agriculteurs. On va aller sur des moteurs plus performants. Mais la transition ne va pas se faire du jour au lendemain et, ne rêvons pas, on n’aura pas des moteurs qui tournent exclusivement à l’hydrogène mais un bouquet de solutions.

Sur ce point d’ailleurs, les constructeurs ne sont pas tous d’accord : les uns misent sur les biocarburants, d’autres sur l’électrique, d’autres enfin sur l’hydrogène. Est-ce que cela ne crée pas de la confusion pour les agriculteurs ?

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Au contraire, c’est un bouclier énergétique. Il n’y a pas une solution unique et miracle. La plupart de ces solutions se mettent encore en place : il faut toutes les considérer et éviter l’effet de balancier où la dernière nouveauté vient chasser l’existant.

Au lieu d'acheter des phytosanitaires, on fait de l'amortissement

—  Christiane Lambert

Le coût de ces équipements dernier cri est significativement plus élevé que ce qui se faisait jusque-là. Certains constructeurs présents au SIMA disent qu’ils les destinent «à agriculteurs qui ont les moyens» ou encore «pour des cultures à forte valeur ajoutée» : quelles sont les solutions de financements pour que ces équipements ne soient pas une solution de niche ?

Les agriculteurs ne sont pas obligés d’acheter seulement du neuf. Les mécaniciens sont capables d’adapter les machines pour des sommes assez modérées, autour de 25 000 euros. Ces tarifs sont déjà plus inclusifs. Il y a aussi les Coopératives d’utilisation de matériel agricole (Cuma) – je suis membre de l’une d’entre elles : plusieurs agriculteurs se partagent les équipements, ce qui permet d’avoir du matériel plus performant puisque ce dernier est amorti plus rapidement. Enfin, il est possible de recourir à des entrepreneurs agricoles qui sont généralement plus à même d’acheter ces nouvelles machines. Il faut bien avoir en tête que, certes, vous allez payer ces nouveaux équipements peut-être 30 ou 40% plus cher, mais que cela va permettre de limiter l’usage des phytosanitaires. Si on raisonne sur le long terme, au lieu d’acheter des phytosanitaires, on fait de l’amortissement.

L’agriculture française peine à amorcer ses transitions, comme en témoignent les résultats mitigés des plans Ecophyto. La gestion de l'eau est aussi un sujet sensible. Est-ce que cet arsenal de solutions techniques est de nature à enclencher cette transition, ou ne risque-t-il pas au contraire d'être une chimère, en raison de l’inertie liée au temps nécessaire à l’adoption de ces nouvelles technologies ?

Le postulat n’est pas le bon : il y a des résultats aux plans Ecophyto, même si les ONG sont toujours aiguillon. Si l’on regarde dans le détail, les phytosanitaires ont baissé : il y a seulement une augmentation des volumes de cuivre en agriculture biologique. Après, pour ce qui est de l’adoption, une partie de ces équipements sont déjà dans la nature. Mais il est vrai que l’absence de véritable rentabilité en grandes cultures jusqu’il y a deux ans a bloqué la dynamique d’investissement. Les aides du plan de relance ont aidé à relancer ces achats : les agriculteurs ont suivi pour améliorer leurs performances. Les changements sont en cours. Ces transitions, on va les faire. 

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