Résultats inquiétants de niveaux de PFAS dans des œufs de poules au sud de Lyon

Des prélèvements coordonnés par la préfecture d’Auvergne-Rhône-Alpes sur des œufs de poules dans quatre communes du sud de Lyon (Rhône) ont abouti à des mesures de substances PFAS au-delà des normes réglementaires. De nouvelles analyses, plus étendues et élargies, vont être enclenchées dans cette zone où les chimistes Arkema et Daikin disposent de sites de production de polymères fluorés.

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Les prélèvements sur les oeufs de poule menés par la préfecture d'Auvergne-Rhône-Alpes ont été menés dans les quatre communes autour de la plateforme industrielle de Pierre-Bénite, où sont implantées les usines de polymères fluorés d'Arkema et de Daikin.

Sur 30 prélèvements, 26 présentent des teneurs en substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS) dépassant les plus récentes normes européennes. C’est le résultat, publié le 3 avril 2023, d’une campagne d’analyses menée ces derniers mois par les services de l’Etat dans la région Auvergne-Rhône-Alpes sur des œufs de poules, dans quatre communes du sud de Lyon (Rhône), en l’occurrence Pierre-Bénite, Genis-Laval, Oullins et Irigny. De quoi entraîner le maintien d’une recommandation, déjà prescrite en janvier dernier, de ne pas consommer œufs et viande de volaille des poulaillers de particuliers installés sur ces quatre communes.

Ce résultat déclenche aussi plusieurs initiatives. Des prélèvements de terre seront menés dans les prochains mois sur « plusieurs sites pour lesquels des prélèvements non conformes ont été détectés », indique la préfecture, et un second plan de prélèvement d’œufs sera organisé chez des particuliers ainsi que des élevages dans 12 autres communes (Lyon 7e et 8e, Solaize, Sainte Foy-Lès-Lyon, Feyzin, Vourles, La Mulatière, Chaponost, Francheville, Saint-Fons, Brignans, Charly et Vernaison). D’ores et déjà, la préfecture recommande de ne plus consommer les œufs de ces 12 communes, en raison du principe de précaution.

Arkema et Daikin au centre des préoccupations

Ces nouveaux prélèvements doivent être organisés et seront effectués « dans les prochaines semaines et prochains mois », selon un porte-parole de la préfecture. Lequel précise qu’il n’y « avait pas d’élevage » concerné dans les quatre premières communes, et que la méthode privilégiée à ce jour est de « déterminer l’ampleur géographique de la pollution » en menant les prélèvements selon « des cercles concentriques autour de la plateforme industrielle de Pierre-Bénite ». Cette dernière héberge deux usines chimiques, d’Arkema et de Daikin, qui utilisent encore quelques PFAS dans leurs procédés. Ces deux sites sont au cœur des inquiétudes liées à la pollution aux PFAS dans la région lyonnaise, en particulier depuis un rapport de l’ONG Générations Futures publiés en mai 2022. Rapport qui avait présenté des seuils alarmants de certains PFAS dans les eaux et les sols. Les deux chimistes sont particulièrement contrôlés, et des études d‘impact environnemental leur ont été prescrites par l’Etat, affirme la préfecture.

Les PFAS, considérés comme des polluants éternels en raison de leur persistance, forment une gigantesque famille de 4 000 composés chimiques synthétiques. Certains composés sont déjà interdits, d’autres très encadrés, et certains pas encore réglementés. L’Agence européenne des produits chimiques (Echa) mène actuellement une consultation, jusqu’en septembre prochain, sur une proposition d’interdiction européenne de mise sur le marché et d’utilisation de PFAS, requise par cinq Etats membres (Danemark, Allemagne, Pays-Bas, Suède et Norvège). La France a lancé de son côté un plan d’action ministériel en début d’année pour principalement améliorer la connaissance des rejets et des taux d’imprégnation des milieux, et réduire les risques d’exposition.

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Des composés qui ne seraient plus utilisés

Sur la plateforme de Pierre-Bénite, seuls deux composés sont encore utilisés. Arkema emploie un « additif fluoré à chaîne carbonée courte » qui n’est « pas considéré comme très persistant ni bio-accumulable », à l’inverse des PFAS à chaîne carbonée longue, avait précisé à l’Usine Nouvelle l’an dernier un porte-parole du groupe français. Additif dont Arkema prévoit de se passer dans ses procédés à Pierre-Bénite avant la fin 2024. Daikin, de son côté, utilise encore du PFHxA, mais dispose d’une station de traitement qui neutraliserait 99% des rejets de ce composé. Dans les prélèvements sur les œufs de poules présentés dans les résultats, aucun de ces deux composés ne semble concerné. Les prélèvements ont porté sur quatre autres composés, ainsi que sur la somme de ces quatre composés. Parmi ces quatre molécules, on trouve le PFOA, qu’Arkema n’utilise plus sur place depuis 1987, et que Daikin a cessé de manipuler depuis 2008. On trouve aussi le PFNA, qu’Arkema n’utilise plus depuis 2016.

Ce premier rapport de la préfecture contient également des analyses sur les sols et les végétaux, dans un rayon d’un kilomètre autour de la plateforme. Mais pour le moment, les « services de l’Etat n’émettent pas de recommandation sanitaire ou de restriction d’usage concernant les sols et les végétaux », selon le communiqué de la préfecture. D’autres campagnes seront menées. Des analyses sont également en cours sur « les poissons, l’eau potable, les eaux souterraines, et les eaux fluviales », indique-t-on encore du côté de la préfecture, afin de recueillir des données, même si pour certains indicateurs les normes ne sont pas encore déterminées. Dans l’eau de consommation par exemple, les normes concernant les PFAS ne seront pas intégrées avant 2026, selon les documents préfectoraux.

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