Comment s’assurer que les technologies sur lesquelles le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) s’estime en avance finissent bien par être financées et portées sur le marché par une start-up ? C’est pour répondre à cette question que l'organisme public a décidé de lancer son «venture builder», un nouvel outil de création et de financement de start-up dévoilé jeudi 21 mars et porté avec deux partenaires : le fonds d'investissement Supernova Invest et le studio de start-up Technofounders, tous deux dédiés aux deeptech.
«Nous avions déjà plusieurs dispositifs pour soutenir la création de start-up, notamment un programme d’essaimage pour aider nos collaborateurs à créer leur propre entreprise, contextualise Laurence Petit, directrice déléguée à l’innovation, aux start-up et aux participations du CEA. Mais nous avons constaté que la création de start-up chez nous était assez dépendante de la volonté du chercheur. Si aucun d'eux ne se manifeste, aucune start-up n’est créée, et ce même si on a une technologie très innovante avec un vrai marché derrière.»
Assurer le financement initial, y compris à un million d’euros
A travers leur «venture builder», les trois partenaires vont donc d’abord travailler à identifier les technologies issues du CEA jugées très stratégiques, c’est-à-dire à la fois innovantes, différenciantes et donc dotées d'un potentiel d’entreprise capable de se distinguer sur le marché. Elles devront aussi être portées par les bonnes personnes afin d'aboutir à la création de la start-up. Leur deuxième chantier : assurer un niveau de financement élevé, que le CEA seul ne peut offrir.
«Notre studio veut être en capacité d’assurer les financements initiaux qui permettront de mettre la société et sa technologie au niveau requis pour aller voir des investisseurs, souligne Régis Saleur, à la tête de Supernova Invest, l’un des leaders du capital-risque dédié aux deeptech et doté au global de 800 millions d’euros. Nous sommes sur des technologies où la preuve de concept demande déjà de mobiliser d’importants moyens, comme pour la fabrication de circuits électroniques. Si la start-up a besoin d’un million d’euros pour atteindre la maturité technologique, on pourra le porter.»
Imagerie médicale et maintenance prédictive
En préparation depuis plusieurs mois, le «venture builder» devrait permettre la création de plusieurs start-up d’ici à la fin l’année. «Nos projets les plus avancés sont des dispositifs de microélectronique innovants pour l’imagerie médicale et pour la maintenance prédictive. Il s’agit d’identifier une signature prédéfinie dans un matériau et de détecter son évolution dans le temps», détaille Laurence Petit.
Le «venture builder» va d’abord se concentrer sur la microélectronique, «un domaine sur lequel on a pas mal d’expérience au CEA et déjà des réussites comme Soitec, Kalray, ou encore Aledia», précise sa directrice déléguée à l’innovation. Le temps de «tester son fonctionnement» avant un possible élargissement à d’autres thématiques, pour lesquelles l’écosystème de start-up est jugé lui aussi incomplet. «Dans l’énergie, cela pourrait avoir un intérêt», glisse Laurence Petit.



