Entretien

«Nous voulons associer la recherche, les investisseurs et les start-up», annonce le président de France Deeptech

Lancée le 29 novembre, l’association France Deeptech regroupe 120 acteurs du secteur et mêle start-up, fonds d’investissement et laboratoires de recherche. Pour L’Usine Nouvelle, son président Michel de Lempdes, associé au sein du fonds Omnes Capital, revient sur les raisons d'être de cette nouvelle entité et sur ses actions prioritaires.

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Le vaisseau spatial Nyx de The exploration company, une start-up deeptech membre de l'association
Le vaisseau spatial Nyx de The exploration company, une start-up deeptech membre de l'association France Deeptech.

L'Usine Nouvelle - Qu'est-ce qui a motivé la création de la nouvelle association France Deeptech ? 

Michel de lempdesFrance Deeptech
Michel de lempdes Michel de lempdes (RVTHOUROUDE)

Michel de Lempdes - L’association est née d’un constat assez simple. Celui qu’un certain nombre de start-up deeptech n’étaient pas forcément représentées par un corps intermédiaire indépendant. En échangeant avec elles, nous avons compris qu’elles partageaient des spécificités communes liées à la R&D, aux problématiques de production, de brevets, ou de cessions avec l’étranger. Il nous a semblé particulièrement intéressant d’associer le monde de la recherche aux investisseurs et aux start-up, ce qui n’existait pas jusqu’alors. Nous avons réussi à fédérer la quasi-totalité de la recherche française, ce qui nous amène à penser que notre association répond justement à ce besoin d’être représentés et de trouver un lieu d’échange.

Comment allez-vous travailler avec les acteurs et dispositifs déjà existants mais aussi éventuellement avec d’autres acteurs européens ? 

Nous sommes membres de France Biotech et de France Digitale et partageons un objectif commun de mutualisation de notre travail sur les questions liées notamment au financement des start-up. Les réseaux SATT sont membres de l’association, de même que Bpifrance. L’agence publique spatiale (CNES) nous a également rejoints. Notre objectif est vraiment de fédérer le plus possible toute la chaîne du transfert de technologie. Nous travaillons également avec les ministères de la Recherche, du Numérique et de l’Industrie, qui souhaitent faire des points réguliers avec nos groupes de travail. L’objectif pour eux étant d’appuyer des mesures qui sont soutenues par une base suffisamment large. Enfin, si nous avons une vocation européenne, nous pensons qu’il faut commencer par construire à notre échelle, pour intégrer par la suite des laboratoires et des fonds étrangers. La France est plutôt en avance dans ce domaine avec notamment le succès phénoménal de France Digitale. Nous pouvons vraiment avoir l’ambition d’être le moteur qui agrégera à termes d’autres partenaires européens.

Quelles vont être vos premières actions ?

Nous avons fait un petit sondage auprès de nos participants et quatre thématiques sont ressorties. En premier la question du financement. Car si on peut commencer une start-up du numérique dans un garage, dans le domaine des deeptechs il n’est pas possible de se lancer avec un faible investissement. Entre 2024 et 2026, nous estimons qu’il faudra lever 12 milliards d’euros. A cette fin, nous avons constitué un groupe de travail qui intègre à la fois des entrepreneurs, des investisseurs et le monde académique afin de trouver des mesures activables dans les mois qui viennent. Le deuxième sujet qui nous préoccupe est celui du transfert de technologies. Ce qui est fait est déjà bien, mais il faut faire en sorte d’augmenter le nombre de transferts de la recherche fondamentale à l’entrepreneuriat. Le troisième sujet concerne la réglementation du vivant. Un quart des émissions de gaz à effet de serre est issu de l’agriculture. C’est un sujet très important pour la transition écologique et on voit dans ce domaine des innovations visant à produire des protéines alimentaires de manière décarbonée.

Quel peut être votre rôle sur ces sujets ?

Cela pose la question des autorisations liées à la production et à la commercialisation de ce type de produits, dans un contexte européen où le principe de précaution est très important. Or, on voit bien que l’Europe est en retard dans ce domaine par rapport aux Etats-Unis où il est possible de parler directement à la FDA (Food and Drug Administration) lors de pré-consultations. Enfin la dernière thématique que nous allons aborder est celle de la commande publique et privée, que nous souhaitons encourager notamment dans les domaines régaliens comme la cyber, le quantique ou l’espace.

Les premières conclusions de ces groupes de travail seront rendues dans les six prochains mois. A plus long terme, nous avons beaucoup d’autres idées comme des formations à destination des entrepreneurs et des investisseurs institutionnels. Nous souhaitons aussi favoriser les rencontres entre les start-up et les grands groupes qui travaillent sur les sujets liés à l’industrialisation pour favoriser le transfert de compétences.

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