Dans les discours économiques récents, l’enjeu de la souveraineté se retrouve fréquemment en très bonne place. Dans ce contexte, les deeptechs, bien souvent présentées comme des vecteurs d’indépendance technologique en France et en Europe, ont le vent en poupe. L’aspect stratégique de ces jeunes entreprises innovantes a déjà poussé la banque publique d’investissement Bpifrance à lancer un plan spécifique pour elles dès 2019 et le soutien en faveur de ces start-up pourrait perdurer.
Le gouvernement a donc annoncé sa volonté de créer un label « deeptech » destiné aux start-up mais aussi aux fonds d’investissement qui les financent. Il reprend ainsi une recommandation issue du rapport French Tech Finance Partners remis début avril au ministre de la Transition numérique et des télécommunications Jean-Noël Barrot et rendu public ce jeudi 1er juin.
S'accorder sur une définition commune
Sur les 92 propositions de ce rapport dénombrées par le ministère de la Transition numérique, 79 ont retenu l’attention du gouvernement : 27 devraient être mises en œuvre de manière imminente, au besoin dans le projet de loi industrie verte qui a été présenté mi-mai, 15 feront l’objet d’une instruction rapide et 37 seront étudiées ultérieurement. Fondée début 2023, French Tech Finance Partners – une instance représentative des investisseurs de la tech tricolore – a travaillé pendant ses premiers mois d’existence sur le financement des start-up en régions, le financement de la deeptech, l’attractivité de la tech française et sur les critères de sélection des programmes d’accompagnement Next 40 et FT 120.
La création d’un label deeptech est l’une des seules mesures à avoir filtré pour le moment. Dans son rapport, French Tech Finance Partners évoque « un risque de ‘deep tech washing’ opportuniste en cas de soutien affirmé du secteur par la puissance publique, et donc une nécessité de s’accorder sur des fondamentaux communs qualifiant les projets en deep tech ». Pour Pierre-Emmanuel Struyven, le président de la société de gestion Supernova Invest, qui fait partie de French Tech Finance Partners, « quand un ensemble d’acteurs veut se mobiliser au bénéfice de la filière deeptech, il faut s’accorder sur une définition communément acceptée ». Auprès de L’Usine Nouvelle, l’investisseur imagine que le label permettra aux jeunes pousses d’afficher qu’elles font partie de la cible deeptech vers laquelle seront fléchées certaines initiatives.
Une définition proche de celle de Bpifrance
Selon le rapport, une deeptech peut correspondre à une émanation de propriété intellectuelle d’un institut de recherche public ou privé, à une société créée par un talent issu d’un institut de recherche (y compris de l’industrie) ou à une jeune pousse avec des partenariats structurants avec ce type d’instituts.
Il ouvre aussi la porte à une définition « selon l’intensité capitalistique appliquée à la R&D » ou qui renverrait à la notion de rupture technologique, voire à une définition sectorielle s’appuyant sur le plan France 2030 « si la création de valeur passe par une création de propriété intellectuelle en innovation de rupture ». In fine, la définition qui sous-tendra le label devrait finalement être proche de celle déjà utilisée en interne par Bpifrance. La banque publique est elle-même membre de French Tech Finance Partners.
Séduire des fonds généralistes
Côté fonds d’investissement, l’existence d’un label aidant à « bien qualifier la part de deep tech dans les portefeuilles permettra d’établir des objectifs et de les mesurer », estime French Tech Finance Partners. Pour l’instance, qui considère comme insuffisants les financements privés dirigés vers les deeptechs, ce dispositif pourrait inciter les fonds d’investissement généralistes à réaliser une part de leur activité dans ce secteur. Le rapport ajoute qu’un label serait aussi de nature à orienter des financements d’investisseurs institutionnels, publics et de grandes entreprises vers la deeptech à partir du moment où il garantit un certain niveau d’investissement des fonds vers ces start-up et de compétences spécifiques dans les équipes à la tête de ces fonds.
Le ministère de la Transition numérique a également validé l’idée de désigner chaque année une capitale française de la tech dans les régions et le fait d’inclure des représentants de fonds d’investissement français lors de déplacements à l’étranger. L’accès au programme d’accompagnement Next 40 va également être modifié. « Être une licorne [une entreprise valorisée plus d’un milliard de dollars, ndlr] ne donnera pas accès au Next 40 aussi facilement qu’auparavant », illustre le ministère de la Transition numérique. « Très satisfait de cette mobilisation sur les technologies de rupture », Pierre-Emmanuel Struyven espère toutefois que les mesures prises par le gouvernement seront « pérennes dans le temps ». La deeptech est un sujet de temps long.



