Le retour des usines en France n’aura-t-il été qu’un feu de paille ? Depuis 2017, le secteur manufacturier a recrée des emplois, environ 130000 postes nets d’après les statistiques de l’Insee. Et l’Hexagone compte près de 500 usines de plus, selon le décompte que réalise la Direction générale des entreprises à Bercy. «Nous avons enrayé la chute de l’industrie. Nous sommes dans un début de virage, mais il faut accélérer», assurait l’ancien ministre de l’Industrie Roland Lescure dans un entretien à L’Usine Nouvelle, quelques jours avant la dissolution de l'Assemblée nationale décidée en juin par Emmanuel Macron.
Depuis le début de l’été, la mécanique s'est pourtant grippée. Et le retournement s’est encore accéléré les trois derniers mois de l'année, à mesure que la liste des sites concernés par des plans sociaux, des menaces de fermetures et des dépôts de bilan s’allonge. Le décompte réalisé chaque année par L’Usine Nouvelle confirme la tendance. Sur les onze premiers mois de l’année, le nombre d’usines fermées ou menacées a dépassé le nombre des inaugurations de nouveaux sites industriels, avec 71 sites menacés contre 61 nouvelles usines. Ce n’était plus arrivé depuis la pandémie.
L'industrie détruit des emplois au troisième trimestre
Duralex ou Ascométal ont trouvé une solution de reprise pour poursuivre leur activité au début de l’été. Mais l’avenir du chimiste Vencorex reste toujours suspendu à la recherche d’une nouvelle offre pour le site de 450 salariés, dont la fermeture pourrait menacer l’usine voisine d’Arkema à Jarrie (Isère). Pour les équipementiers automobiles, c’est même l’hécatombe. En redressement judiciaire, l’équipementier Amis a annoncé la suppression de 188 de ses 400 postes. A la fermeture annoncée des deux usines de Michelin à Cholet et Vannes, s’ajoute celle de l’usine Valeo de la Suze-sur-Sarthe.
Conséquence logique : au troisième trimestre 2024, l’industrie manufacturière a recommencé à détruire des emplois, avec 1700 postes nets en moins sur le trimestre. Une première depuis la pandémie de 2020, qui risque fort de se poursuivre lors des prochains trimestres. Si l’automobile traverse une crise structurelle, l’industrie fait les frais surtout d'une demande européenne en berne depuis la crise inflationniste. Depuis le début de l’année, les usines tournent en moyenne à 75% selon la Banque de France, alors que les conditions financières restent tendues.

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Et la dégradation des perspectives rattrape aussi les projets d’investissements industriels. Le canadien Loop a choisi de réaliser son usine de recyclage des plastiques ailleurs qu’en Moselle. Les investissements lourds dans la décarbonation, indispensables pour préparer l’avenir et maintenir la compétitivité de l’industrie lourde en font aussi les frais, à l’image du report de l’énorme projet d’Arcelor Mittal de près de 1,7 milliard d’euros à Dunkerque malgré les subventions publiques accordées.
Un décrochage qui concerne toute l'Europe
L’inquiétude concerne désormais le décrochage de l’industrie européenne, et plus seulement celle des usines tricolores. Les prix de l’énergie plus élevés qu’aux Etats-Unis vont handicaper durablement les industriels européens. Ceux-ci constituent déjà près de 45% des investissements étrangers outre-Atlantique selon les données de Trendeo, un niveau inédit qui pourrait encore s’accélérer selon la politique de la future administration Trump.
En sens inverse, les produits européens sont concurrencés par les importations à prix cassés alimentées par les surcapacités de production en Chie. Le commissaire européen à la stratégie industrielle Stéphane Séjourné a promis de dérouler rapidement des plans d’action pour les secteurs les plus menacés – acier et automobile en tête – et de mettre sur la table un «clean industrial deal» en faveur de la compétitivité de l’industrie européenne.
Pour éviter un nouvel appauvrissement du tissu industriel, la bataille devra aussi se mener en France, alors que la concurrence s’aiguise au sein de l’Europe pour attirer les nouveaux projets industriels, notamment avec l’Espagne qui vient de remporter l'implantation de la méga usine de batteries électriques de Stellantis et CATL. Disposer d’un budget en plus d’un gouvernement stable, pourrait ne pas faire de mal.



