La région indo-pacifique, une priorité stratégique aussi pour l'Union européenne

L’Union européenne a présenté sa stratégie pour la région indo-pacifique, alors que les Etats-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni ont scellé leur partenariat de défense. L'Europe en fait aussi une priorité stratégique.

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Conf?rence de presse de Josep Borrell Fontelles, vice-pr?sident de la Commission europ?enne, sur une strat?gie de l'UE pour la coop?ration dans l'Indo-Pacifique
Josep Borrell le chef de la diplomatie européenne a présenté la nouvelle stratégie pour l'indo-pacifique

Difficile de trouver pire timing. Mercredi 16 septembre, le jour même où les Etats-Unis annonçaient la conclusion d’un partenariat de défense avec la Grande-Bretagne et l’Australie - avec pour conséquence l'abandon d'un méga-contrat passé auprès de Naval Group -, l’Union européenne avait prévu de détailler sa nouvelle stratégie pour la région indo-pacifique, en préparation depuis avril 2021. Pour le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, ce télescopage au contraire « ne fait que montrer l’importance de la région et la nécessité de notre engagement ».

La stratégie européenne n’est pas à comparer à Aukus, la nouvelle alliance purement militaire portée par les Américains et leurs alliés. Les Européens se placent avant tout sur le terrain économique pour renforcer leurs alliances. L’UE veut poursuivre la négociation des accords de libre-échange avec l’Australie, malgré la frustration de Paris vis-à-vis de Canberra, mais aussi avec la Nouvelle-Zélande, selon le document présenté le 16 septembre par la Commission européenne.

Elle prévoit aussi de relancer les discussions avec l’Inde, qui avaient été abandonnées faute de progrès, et de se rapprocher de Taïwan, avec lequel elle veut renforcer ses liens commerciaux. De quoi irriter Pékin.

Coopérations tous azimuts

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En parallèle, Bruxelles veut lancer des initiatives pour augmenter la résilience de ses chaînes d’approvisionnement, notamment sur les médicaments et les semi-conducteurs avec Japon, la Corée du Sud et Taïwan. La Commission vise des coopérations tous azimuts, dans les investissements durables, la recherche et la gouvernance du numérique. Surtout, les Européens sont prêts à renforcer leur présence navale en Asie du Sud-Est, pour maintenir les routes maritimes ouvertes.

On est encore loin de l’idée d’envoyer une flotte européenne. Mais Bruxelles espère mieux coordonner le déploiement de navires militaires des différents Etats-membres déjà présents sur zone – essentiellement la France, l’Allemagne et les Pays-Bas - pour rendre plus visible la présence européenne.

Dans la confrontation entre les Etats-Unis et la Chine, l’Europe veut défendre ses propres intérêts face à l’influence de Pékin, sans pour autant s’aligner sur ceux de Washington. La région, qui va de l’Inde à la Corée du Sud, est devenue le centre de gravité économique du monde et concentre 60% du PIB mondial. Et elle est stratégique pour l’Europe, qui est le premier investisseur dans la zone – devant les Etats-Unis –, le premier pourvoyeur d’aides au développement et un partenaire commercial important, avec 1 500 milliards d’euros d’échanges bilatéraux. 

Des Etats-membres à convaincre 

Pour l’Union européenne, l’approche est en tout cas nouvelle. Depuis 2018, la France, qui a adopté sa propre doctrine indo-pacifique, pousse en ce sens. « La France se positionne comme un acteur de la zone indo-pacifique du fait de ses territoires dans la région et des forces militaires déployées en Asie-Pacifique et en Océanie » remarque Alice Pannier, chercheuse à l’institut français des relations internationales (IFRI).

Elle n'est plus tout à fait la seule. Depuis octobre 2020, l’Allemagne, consciente de ses intérêts économiques dans la région, lui a emboîté le pas, suivi par les Pays-Bas. Mais la stratégie indo-pacifique peine à convaincre tous les Etats-membres, qui trouvent l’enjeu trop lointain. Le camouflet subi par la France en Australie pourrait aider à serrer les rangs et renforcer la quête d’autonomie stratégique européenne.

Pour la chercheuse Alice Pannier, « il conforte la vision française – qui n’est pas toujours partagée par les partenaires européens – qu’on ne peut pas toujours compter sur les Etats-Unis ». Josep Borrell abonde dans ce sens : « C’est une preuve que les Européens doivent agir par eux-mêmes ». Mais il démontre aussi que le chemin ne sera pas aisé. 

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