Pourquoi l’Australie a sabordé « le contrat du siècle » signé avec Naval Group

L’Australie a mis un terme brutal au contrat avec Naval Group pour la fourniture de sous-marins océaniques, et privilégie une offre américaine. Un camouflet pour la France, autant au niveau industriel que diplomatique.

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Naval Group Sous marin Australie
Le choix australien d'abandonner l'offre française au profit de sous-marins américains constitue un camouflet pour la France.

Coup dur pour Naval Group et le gouvernement français. L’Australie a annoncé jeudi 16 septembre mettre un terme au contrat de fourniture de sous-marins océanique avec Naval Group. Le Premier ministre australien, Scott Morrison, a fait état de l’abandon de l’achat de 12 sous-marins auprès de Naval Group.

La déclaration a fait l’effet d’une bombe à Paris, et a été ressentie comme un coup de poignard de la part de l'allié australien. Au-delà de la valeur du contrat évaluée à 56 milliards d’euros, ce programme scellait un partenariat stratégique et ambitieux entre la France et l’Australie dans la région indo-pacifique.

Face aux Etats-Unis, la France n'a pas fait le poids

Comment Canberra justifie sa décision? L’Australie privilégie désormais une alliance stratégique en matière de sécurité avec les Etats-Unis et le Grande-Bretagne dans la zone indo-pacifique. Cela se concrétisera en matière d’armement; par l’achat de sous-marins américains à propulsion nucléaire. Les Américains ont rappelé que l’Australie est le premier pays après la Grande Bretagne à pouvoir bénéficier de cette technologie américaine. De toute évidence, les Etats-Unis ont mis tout leur poids diplomatique dans cette décision, faisant exploser le partenariat stratégique avec la France.

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Le président américain Joe Biden a pris la parole, en visioconférence depuis la Maison Blanche, avec le Premier ministre britannique Boris Johnson et son homologue australien Scott Morrison pour vanter les mérites de cette nouvelle alliance. L’objectif des trois alliés est de contrer les ambitions hégémoniques de la Chine dans la région.

Cinq années d'investissements

Après cinq ans d’investissements pour faire avancer ce programme, le gouvernement français évoque une décision regrettable de la part de l’Australie. C’est un véritable camouflet pour la France. D’autant plus qu’Emmanuel Macron et sa ministre des Armées, Florence Parly, s’étaient investis pour faire soutenir ce programme « Future Submarine Program » souvent qualifié de stratégique et structurant.

« C’est une décision contraire à la lettre et à l’esprit de la coopération qui prévalait entre la France et l’Australie, fondée sur une relation de confiance politique, comme sur le développement d’une base industrielle et technologique de défense de très haut niveau en Australie », déplore le communiqué publié par les ministères français des armées et des affaires étrangères le jour même de cette annonce

Un millier de salariés mobilisés

Naval Group a également réagi, mettant en avant sa grande déception. « Le Commonwealth d’Australie n’a pas souhaité engager la phase suivante du programme ce qui est une grande déception pour Naval Group qui proposait à l’Australie un sous-marin conventionnel de supériorité régionale avec des performances exceptionnelles », déplore l’industriel tricolore par voie de communiqué.

Naval Group rappelle que depuis 2016, ses équipes en France comme en Australie, et celles de nos partenaires, s’étaient pleinement mobilisées afin d’honorer leurs engagements. Environ un milliers de salariés de Naval Group étaient mobilisés sur le programme : 650 en France et 350 au sein de filiale australienne. « On venait d’arrêter les spécifications du bateau », souligne une source chez Naval Group.

Un tel revirement de la part du gouvernement australien pourrait donner lieu à des compensations. « L’analyse des conséquences de cette décision souveraine australienne sera menée avec le Commonwealth d’Australie dans les jours à venir », précise encore Naval Group. Sur le plan stratégique, la France tire également les conclusions d’un tel camouflet et souligne« la nécessité de porter haut et fort la question de l’autonomie stratégique européenne ».

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