L’exercice est devenu rituel. Devant les députés réunis à Strasbourg, la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen a détaillé, mercredi 15 septembre, ses grandes priorités pour les douze mois à venir dans son discours de l’état de l’Union. Cette année, peu de nouveaux chantiers à l’agenda de la Commission européenne ont été annoncés. Elle doit déjà mettre en musique son paquet « fit for 55 » sur sa stratégie sur le climat, et l'agenda législatif est très chargé.
Mais pas forcément simple à mener à terme. La Commission européenne entend prendre à bras-le-corps la question épineuse d'une défense européenne. Le retrait des troupes américaines d’Afghanistan a incontestablement pesé. « L’Europe peut, et de toute évidence, doit être prête à faire davantage avec ses propres moyens », assure Ursula Von der Leyen. Mais pour cela, « ce qui nous a manqué jusqu’à présent, ce ne sont pas les capacités supplémentaires, c’est la volonté politique », estime-t-elle.
Sommet sous présidence française
Un sommet européen de la défense doit être organisé début 2022, sous présidence française. Ursula Von der Leyen y fixe trois objectifs. Elle estime nécessaire d’améliorer la coopération entre Etats européens en matière de renseignement, en créant un centre commun européen d’analyse de la situation. Elle entend aussi se doter d’une nouvelle loi européenne contre les cyberattaques, afin d’élaborer des normes communes de défense.

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Autre proposition sur la table : la présidente de la Commission européenne propose d’exonérer de TVA les achats d’équipements de défense produits en Europe. Une mesure incitative pour encourager les Etats à privilégier le « made in Europe » et réduire leurs dépendances stratégiques. Pour Bruxelles, le dispositif a d’autant plus de sens que l’Europe soutient par ailleurs les programmes industriels via son fonds européen de défense.
Priorité aux semi-conducteurs
Autre grande priorité : le renforcement de l’autonomie stratégique en matière industrielle. La Commission cible les semi-conducteurs et veut mettre sur la table une nouvelle loi sur les semi-conducteurs (« European chips act ») avec pour objectif « de créer un écosystème européen à la pointe du progrès, intégrant la production » sans plus de précisions.
L'initiative devra s'intégrer dans les actions menées par Thierry Breton depuis plusieurs mois dans ce domaine. Le Commissaire au marché intérieur prévoit le lancement d'un PIIEC (projet important d'intérêt commun européen), voire deux, d'ici à fin 2022, afin d'augmenter de 10% à 20% la part de l'Europe dans la production mondiale de semi-conducteurs. « Nous devons conjuguer nos capacités de recherche, de conception et d'essai de classe mondiale. Nous devons coordonner les investissements de l'Union européenne et des États membres sur l'ensemble de la chaîne de valeur », assure Ursula von der Leyen.
Tournant « géopolitique »
De façon plus générale, Ursula von der Leyen veut renouer avec le tournant « géopolitique » qu’elle avait lancée en 2019. La présidente de la Commission européenne entend accélérer sa stratégie indo-pacifique, pour contrer l’influence chinoise en renforçant les liens avec le Japon, la Corée ou l’Inde.
Elle plaide pour une nouvelle stratégie en matière de financement d'infrastructures dans le monde, en réponse aux routes de la soie de la Chine. « Nous sommes très bons pour financer des routes. Mais cela n'a pas de sens que l'Europe construise une route parfaite entre une mine de cuivre sous propriété chinoise et un port également sous propriété chinoise », assure-t-elle. Elle prévoit aussi une loi pour interdire la vente de produits fabriqués dans le cadre d'un travail forcé.
Futures règles budgétaires
Mais la Commission européenne devra aussi composer avec la reprise économique fragile et le coût de la crise sur les finances publiques des Etats européens. Les règles budgétaires ont été suspendues jusqu'en 2022. La Commission va devoir piloter le retour à la normale budgétaire ensuite. Ursula Von der Leyen veut lancer la discussion sur le réexamen de la gouvernance économique, avant la fin de l'année.« L'objectif est de dégager un consensus bien à temps pour 2023 », assure-t-elle.
La Commission met toutefois en garde contre une consolidation budgétaire trop rapide. « Les leçons de la crise financière pourraient servir d'avertissement. A l'époque, nous avons déclaré victoire trop tôt et nous en avons payé le prix », rappelle Ursula Van der Leyen, qui s'est par ailleurs félicitée du succès européen en matière de stratégie vaccinale.
Pour se prémunir d'une nouvelle crise, 50 milliards d'euros devraient être mis sur la table afin de renforcer sa préparation à des crises sanitaires. De façon plus consensuelle, elle prévoit aussi la création d'un nouveau programme sur le modèle d'Eramus, destiné aux jeunes sans formation et sans emploi.



