Entre 30 et 40% des entreprises de la métallurgie n’ont pas correctement mis en place la nouvelle convention collective de la branche, montre une enquête de la CFE-CGC auprès de ses militants. Fruit de sept années de négociations entre patronat et syndicats de la branche, ce texte crée en particulier un nouveau système de classification des emplois, qui remet complètement à plat la façon dont sont évalués les postes.
Cœur de la réforme : 1,6 million de salariés de la métallurgie devaient recevoir une «fiche-emploi» décrivant leur poste et les compétences associées, l’ensemble définissant un nombre de points auquel est appliqué un salaire minimal de grille. Un chantier colossal pour les services RH, qu’il fallait anticiper pour être prêt avant le 1er janvier 2024, date de l’entrée en vigueur de la nouvelle convention.
Des fiches qui ne reflètent pas la réalité
Or, premier constat du syndicat, certaines entreprises ont attendu la dernière minute, sous-estimant l’ampleur du chantier. D’autres n’ont pas voulu bouleverser leurs grilles «maison», qu’elles ont fait entrer à marche forcée dans la nouvelle classification, balayant un des objectifs de la convention collective : créer de la cohérence entre les parcours professionnels, pour permettre aux salariés d’évoluer professionnellement, dans ou hors de l’entreprise. Parce que le chantier était complexe, certaines entreprises ont concentré leurs postes sur quelques fiches-emplois, reflétant mal les compétences réellement exigées des salariés.
«Quand on case 300 personnes sur une même fiche-emploi, on ne reflète pas la réalité du travail, et ça crispe tout le monde», commente Fabrice Nicoud, président de la CFE-CGC métallurgie, qui regrette que certaines entreprises n’aient pas donné les moyens à leurs services RH d’accomplir correctement leur travail. «Ce qui a le plus touché les salariés, poursuit-il, c’est le grand écart entre leur fiche-emploi et l’activité qu’ils avaient le sentiment de réaliser. Certains ont parlé d’humiliation, de dégradation… Ils ne se sont pas sentis reconnus, cela renvoie au sens du travail.» Les cadres, notamment, se sont retrouvés massivement cotés en F11 et F12, les premiers niveaux, sur la grille, de l’échelon cadre, les plus expérimentés y côtoyant les débutants. «Cela ne change rien au salaire, mais c’est une source de déception», note Fabrice Nicoud.
Parfois, regrette le syndicat, la question du coût l’a emporté : les compétences nécessaires à l’occupation d’un poste ont été évaluées à la baisse, afin de ne pas augmenter les salaires et d’éviter une flambée de la masse salariale. Un risque qui avait été identifié par les représentants patronaux lors de la négociation, mais assumé, afin de revaloriser les métiers de la métallurgie et de les rendre plus attractifs. Beaucoup de salariés ont signalé que le temps d’échange prévu avec leur manager pour rectifier la fiche-emploi n’avait pas eu lieu. Le manager s'est souvent retrouvé lui aussi devant le fait accompli, incapable d’expliquer à son collaborateur le contenu de sa fiche-emploi. «Certains sont allés voir leur chef pour lui dire : OK, puisque c’est comme ça, je fais ce qui est écrit sur ma fiche et pas plus», témoigne le syndicaliste.
Des ajustements à venir
De côté patronal, on balaie la critique, en reconnaissant qu’il y a parfois eu des mécontentements, mais que les ajustements vont se faire en cours d’année. «Dans les entreprises où le dialogue social est bon, il y a une réelle volonté de corriger ce qui ne va pas, reconnaît Fabrice Nicoud, les choses vont se réguler au cours de l’année.»
Mais il met en garde : «Il ne faudra pas trop tarder, les salariés vont être exigeants ! Avec la nouvelle convention, pour changer de classification donc augmenter son salaire, il faudra changer d’emploi, ce ne sera plus automatique avec l’ancienneté. Les employeurs vont donc devoir mettre en place un nouveau système de reconnaissance des engagements de leurs salariés, sinon ceux-ci risquent de se démotiver ou d’aller voir ailleurs.»



