La pénurie mondiale de composants électroniques qui paralyse depuis quelques semaines les usines des constructeurs automobiles pourrait accélérer le calendrier européen. "Notre dépendance vis-à-vis de l’Asie dans les semi-conducteurs est excessive et inacceptable", s’alarme Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie. Pour accélérer l’émergence d’une filière européenne de composants électroniques, le ministre de l’Economie milite pour le lancement "avant la fin de l’année 2021" d'un nouveau projet d’intérêt commun européen (PIIEC) dans le secteur électronique.
Le dispositif permet de subventionner massivement par des fonds publics des projets d’industrialisation à l’échelon européen. Dans le domaine électronique, un premier PIIEC a déjà été lancé en 2019 sur la nanoélectronique, regroupant la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie. Son volet français, concrétisé par le plan nano 2022, est notamment porté par STMicroelectronics.
18 projets industriels identifiés en France
Cette fois-ci, le champ du second PIIEC devrait être plus large et "couvrir toute l’électronique, y compris la connectivité", selon Bruno Le Maire, qui doit aborder cet enjeu avec Peter Altmaier, le ministre allemand de l’Economie ce 16 février.
Côté français, Bercy a déjà identifié 18 projets industriels potentiellement éligibles à un soutien européen, comme la nouvelle usine de Lacroix Electronics en cours de construction à Beaupréau-en-Mauges (Maine et Loire). Le projet est déjà en réflexion depuis quelques mois au niveau européen. En décembre, 17 Etats européens, dont la France, se sont engagés dans une déclaration commune à renforcer l'industrie électronique européenne."La pénurie sur la filière automobile est conjoncturelle et va se résoudre. Mais cela met en évidence la dépendance de l’Europe. Des processeurs, nous allons en avoir partout", abonde Thierry Breton, le commissaire européen au marché intérieur, à l'issue d'un entretien virtuel avec le ministre français.
La Commission a mis sur pied ces derniers mois une alliance des semi-conducteurs pour identifier les besoins du secteur. Un rapport de l’institut Montaigne, remis en janvier 2021, plaidait pour la création d’une fonderie avancée de puces en Europe, afin de rivaliser avec ses compétiteurs asiatiques et américains.
Pour consolider l’autonomie stratégique européenne, Bruno Le Maire entend aussi faire tout pour "éviter les rachats d’entreprises stratégiques européennes dans le domaine des composants électroniques". Un sujet moins consensuel avec l'Allemagne alors que ces dernières semaines, le japonais Renesas s’est emparé de l’allemand Dialog, un rachat qui faisait suite à celui du groupe allemand Siltronic par le taïwanais GlobalWafers. A plus court terme le ministre de l’Economie français a lancé des discussions avec les filières automobiles et électroniques pour tenter d’organiser une meilleure allocation des composants électroniques. Et limiter les effets de la pénurie sur les entreprises européennes.



