L’Europe doit se donner les moyens pour faire jeu égal avec la Chine et les Etats-Unis. Tel était le message envoyé par Bruno Le Maire, en visite le 13 septembre à Berlin où il a assisté au Conseil des ministres et rencontré des organisations patronales. «L’Europe ne peut se satisfaire d’une croissance moyenne de 1% et d’une productivité en berne, a martelé le ministre de l’Economie. Sa stratégie industrielle doit être plus claire, plus volontariste et plus innovante.»
Sur le diagnostic des retards dans la compétition mondiale, l’un d’eux fait l’objet d’un consensus unanime entre la France et l’Allemagne : l’excès de bureaucratie des instances européennes. «Certaines normes ne sont même pas appliquées et on en ajoute de nouvelles», a pointé du doigt Bruno Le Maire. «De quelles réglementations avons-nous besoin pour la protection des travailleurs et de l’environnement et lesquelles freinent la réindustrialisation?», s’est pour sa part interrogé Christian Lindner, le ministre des Finances. Sur ce point, la France et l’Allemagne débuteront donc un état des lieux des normes qui pèsent sur les entreprises. Il n’est pas encore précisé si d’autres pays européens se joindront à cette initiative.
Union des marchés des capitaux
Pour éviter de laisser filer les investissements, le couple franco-allemand a également remis sur la table sa volonté de mettre en place une Union des marchés des capitaux (UMC) afin de faire circuler les investissements et l'épargne dans l’espace européen. «L’Union européenne dispose de suffisamment d’instruments de subventions publiques, qui sont au même niveau que celles de l’Inflation Reduction Act américain, a assuré Christian Lindner. Mais ce qui nous distingue des Etats-Unis, c’est la performance de nos marchés des capitaux, répartis entre 27Etats membres différents, ce qui empêche les financements privés.»
Par ailleurs, alors qu'Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a annoncé le 13 septembre une enquête sur les subventions massives accordées par la Chine à ses constructeurs de véhicules électriques, Bruno Le Maire et son homologue Robert Habeck ont salué «une bonne décision». Toutefois, alors que Paris et Berlin s’affichent sur la même longueur d’ondes, ce regain de protectionnisme pourrait placer l’Allemagne dans une position délicate. Elle tente depuis plusieurs mois de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine, tout en continuant de soigner ses relations avec son plus important partenaire commercial. Les échanges entre les deux pays ont en effet atteint en 2022 une valeur de près de 298 milliards d'euros, en croissance de 21% par rapport à 2021.
Difficultés structurelles de l’économie allemande
Enfin, la conférence de presse suivant la rencontre bilatérale a été l’occasion de revenir sur les difficultés structurelles de l’économie allemande, plombée par une inflation galopante et des coûts très élevés de l’énergie. Selon plusieurs prévisions, l’Allemagne pourrait ainsi terminer 2023 en récession, avec un recul estimé entre 0,2 et 0,4%. De manière assez provocatrice, l’hebdomadaire Der Spiegel, pourtant peu connu pour sa francophilie, a publié le 5 septembre un article intitulé "La France : l'Allemagne en mieux", vantant les réformes menées par Emmanuel Macron en comparaison à celles du chancelier Olaf Scholz. «Je n'aurais jamais pensé voir un jour les mots "miracle économique" et "France" dans une même phrase, s'est félicité Bruno Le Maire, ne boudant pas son plaisir. Mais un peu de lucidité ne saurait nuire. La France a perdu ces trente dernières années la moitié de son industrie, dont la part dans le PIB est tombée à 10%. En Allemagne, elle est toujours largement au-dessus des 20%». De plus, le ministre a rappelé qu’un décrochage allemand serait une mauvaise nouvelle pour l’Europe et pour la France, tant leurs économies sont liées.



