Avis de décès ou simple péripétie industrielle pour le char franco-allemand du futur ? Le sort du programme en coopération Main Ground Combat System (MGCS), qui vise à remplacer à l’horizon 2035 les chars Leclerc français et les Leopard 2 de la Bundeswehr, est plus que jamais bousculé. Dernière péripétie en date : la création d’un consortium industriel susceptible de faire de l’ombre au programme MGCS. Dans lequel la France n'a que peu de place.
Celui-ci regroupe des entreprises allemandes, suédoise, italienne et espagnole. La France, elle, n’y est présente qu’à travers la participation de Nexter dans le groupe franco-allemand KNDS. Le consortium a été créé spécialement pour répondre à l’appel à projet FMBT (Future Main Battle Tank), un projet de R&D du fonds européen de défense visant à développer des technologies pour les chars du futur. L’information a été révélée le 6 septembre par le quotidien économique Handelsblat avec un titre évocateur : «Le nouveau char de combat principal franco-allemand est menacé d'extinction.»
un programme sous pilotage allemand
Reste toutefois à connaître la portée d’une telle initiative, afin de savoir si elle est véritablement apte à remettre en cause un programme aussi ambitieux que le MGCS. Pour rappel, ce programme, chiffré en milliards d’euros, mobilise les principaux industriels de l’armement terrestres des deux pays. D’une part, la société franco-allemande KNDS regroupant Nexter et son homologue allemand Krauss-Maffei Wegmann (KMW) et d’autre part le groupe RheinMetall. Suite à un accord entre les deux pays, le programme de char du futur est piloté directement par Berlin – sachant que le programme de système de combat aérien du futur (SCAF) est, lui, piloté par Paris.
Les réactions suite à la parution de l’article ne se sont pas faites attendre parmi les partisans du programme MGCS. Tout d’abord, de la part de KNDS. La société franco-allemande a diffusé une communication aussi succincte que prudente, soulignant qu’elle est associée à ce consortium mais reste partenaire du programme MGCS. Une manière d’affirmer que les deux initiatives ne sont pas concurrentes ?

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Pour sa part, le ministère français des armées minore surtout la portée de cette initiative soulignant, que le projet de recherche européen ne dispose que d’un budget, limité, de 30 millions d’euros. Le ministère rappelle par ailleurs que le programme MGCS se poursuit, avec notamment une prochaine rencontre entre le délégué général à l’armement (DGA) et son homologue allemand le 15 septembre prochain.
DÉSACCORD ENTRE LES INDUSTRIELS
La fébrilité autour du MGCS s'explique. Tout d’abord car le programme n’est pas exempt de critiques. Son lancement poussif et ses lentes avancées en tête. Comme pour le programme du SCAF, les membres du consortium peinent à se répartir les tâches industrielles. Différents lots ont été définis (mobilité, robotique, armement, communications, blindage…) et doivent encore être répartis entre les différents acteurs. Un travail délicat, où chaque partenaire défend ses intérêts. Reste qu'à force de tergiverser, le programme prend du retard. Il n’est plus sûr qu’un démonstrateur technologique puisse être présenté en 2028, ni qu'un premier système soit livré en 2035 comme il en était question à l’origine.
Les détracteurs du programme soulignent également la prise en compte du nouveau contexte de guerre en Europe avec l’invasion de l’Ukraine. En Allemagne, la pression s’accentue sur ce programme en coopération et un élu du Bundestag en charge des questions de Défense a exprimé sa préférence pour une modernisation des Leopard 2, plus rapide et moins coûteuse que l'ambitieux projet de char du futur franco-allemand. Dans un tel contexte, la prochaine rencontre entre le ministre français de la Défense Sébastien Lecornu et son homologue allemand Boris Pistorius à Évreux (Eure) le 22 septembre prochain est très attendue.



