«Nous sortons de la phase diplomatique pour entrer dans la dimension opérationnelle», a assuré le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius, en présence de son homologue français Sébastien Lecornu en visite ce lundi 10 juillet à Berlin. A la veille d’un important sommet de l’Otan à Vilnius (Lituanie), les deux pays ont voulu afficher leur entente autour du futur char d’assaut franco-allemand MGCS (pour Main Ground Combat System). Le programme semble en effet au point mort alors que les industriels KNDS, co-entreprise formée par le français Nexter et l’allemand Krauss-Maffei Wegmann, et l’allemand Rheinmetall n’ont toujours pas trouvé d'accord sur la répartition des tâches, notamment au niveau de l'armement.
Cependant, loin d’avancées concrètes, Paris et Berlin ont surtout annoncé la publication au deuxième semestre 2022 d’un document de base fixant les premiers objectifs communs. A cette fin, les Etats-majors des deux armées de terre seront consultés sur leurs besoins respectifs pour formaliser des points de convergence et de divergence technologiques. «Cela pourrait être un char avec un canon capable de s’adapter à deux systèmes de munition différents», a donné en exemple Boris Pistorius.
Apprendre des ratés du Scaf
L’objectif étant surtout de ne pas reproduire les erreurs qui ont été faites avec le programme du futur avion franco-allemand SCAF (Système de combat aérien du futur). Ce dernier a connu de nombreux blocages en raison de désaccords entre les industriels Dassault et Airbus Defence and Space, en particulier au niveau des compétences et des prérogatives. «Sur le SCAF, nous avons intégré les experts militaires aux discussions un peu trop tardivement, a reconnu Sébastien Lecornu. Cette fois, nous allons leur donner la parole dès le début, pour qu’ils nous précisent les fonctions opérationnelles dont ils auront besoin à l’horizon 2050-2060».
D’autant que le programme MGCS n’est pas uniquement le remplaçant du char français Leclerc ou du panzer allemand Leopard mais bien un système global qui embarquera des innovations en matière d'intelligence artificielle, de mobilité, de drones, de guerre électronique... «Le char qui sortira des usines à l’horizon 2035-2040 ne ressemblera en rien à ce que nous connaissons aujourd’hui, a prédit Sébastien Lecornu. Avant même d’aborder la question de la répartition industrielle entre Etats, ces grands programmes d’armement communs nécessitent donc un étroit pilotage politique pour s’assurer que les choix faits aujourd’hui vont dans le bon sens». Dans cette volonté d’instaurer un dialogue permanent, la France recevra la délégation allemande le 22 septembre sur la base aérienne d’Evreux pour évoquer l’avancement du MGCS.
Concernant la date de mise en service du MGCS, les deux ministres ont rappelé l’objectif initial de 2035-2040, principalement en raison du calendrier de la prochaine Loi de programmation militaire française. «Mais si l’échéancier devait être retardé, nous saurons nous montrer résilient pour trouver des solutions», a indiqué Sébastien Lecornu. Une déclaration qui n’exclut pas de probables retards de livraison.



