La filière électronique va devoir accélérer ses plans de recrutement. Selon les premières conclusions d’une étude du cabinet KYU, réalisée dans le cadre d'un EDEC financé par le ministère du travail et l'OPEC2i, elle aurait besoin d’ouvrir en France 18 000 nouveaux postes au cours des trois années à venir, ce qui représenterait la création de 6 000 emplois par an. Les postes à créer se répartissent également entre les opérateurs (bac et bac pro), les techniciens et les ingénieurs. Ce chiffe concerne les activités en aval utilisatrices de l'électronique comme la défense, l'aérospatiale, l'automobile, la santé ou l'énergie. A cela s'ajouterait près de 3 000 créations d'emplois dans la la filière électronique stricto sensu.
« Ces chiffres résultent d’une enquête réalisée auprès de 500 entreprises et bureaux d’études, y compris dans les industries en aval utilisatrices de l’électronique, précise à L’Usine Nouvelle Gilles Rizzo, délégué général de l’Acsiel, le syndicat professionnel des composants et équipements de production électronique. Ils confirment ce que nous pensions, à savoir que nous allons devoir recruter beaucoup plus qu'avant. A cela, s’ajoutera le remplacement des départs à la retraite, qui s’annoncent importants en raison de la pyramide des âges dans la profession, et le renouvellement habituel des autres postes devenus vacants. »
Elan de croissance
Selon le comité stratégique de la filière électronique, cette industrie emploie 80 000 personnes et réalise un chiffre d’affaires annuel de 15 milliards d’euros. Et ce, sans compter l'électronique présente chez des intégrateurs comme Thales, Safran, Airbus, Legrand, Schneider Electric ou Renault. A cela s'ajoutent environ 8 000 chercheurs et enseignants.

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L'augmentation des besoins de recrutement de la filière s’explique par l’élan de croissance dont elle bénéfice en raison de la diffusion de l’électronique dans tous les secteurs, le développement de l’Internet des objets, la dissémination de l’intelligence dans les produits ou encore l’évolution de l’automobile vers la voiture connectée et électrique. En témoigne la pénurie actuelle de semi-conducteurs et d'autres composants électroniques comme les condensateurs ou le circuit imprimé.
Difficultés de recrutement
La filière peine déjà à embaucher. « Nous sommes dans une situation où nous avons plus de postes à pourvoir que de candidats, affirme Gilles Rizzo. Nos entreprises rencontrent d’énormes difficultés de recrutement. Elles mettent des mois et des mois pour trouver le candidat recherché. Le problème touche tous les métiers, tous les postes et tous les niveaux. »
« Le manque de compétences est particulièrement critique dans les hyperfréquences et l’analogique, délaissés au profit du numérique et du logiciel, ajoute le délégué général. C'est le cas aussi dans la consommation énergie, l’analyse de données, la conception ou encore l’architecture matérielle. Et encore nous ne parlons pas des compétences émergentes comme la cybersécurité ou l’intelligence artificielle. »
Si les grands groupes parviennent tant bien que mal à trouver les oiseaux rares, c’est plus compliqué pour les PME qui forment le gros des bataillons dans certains secteurs de la filière comme la sous-traitance électronique. « Quand une PME finit par trouver la bonne personne, elle prend le risque de la voir partir pour une grande entreprise une fois formée », constate Gilles Rizzo.
Recensement des formations
La filière prépare un plan d’action. L’adaptation des formations initiales et continues figure en première place. Un travail de recensement des formations est mené pour aider les élèves et étudiants dans leur orientation. Mais pas seulement. « Nous voulons aussi adapter ces formations pour les mettre en adéquation avec nos besoins », indique le délégué général de l’Acsiel.
Des discussions sont entamées avec l’Education nationale pour remettre l’enseignement de l’électronique dans les lycées et les collèges, et de l’introduire comme module dans les bac pro.
La reconversion de métiers en déclin ou en disparition est vue comme un levier intéressant d’action. « Prenons l’exemple des métiers de la fibre optique, cite Gilles Rizzo. Quand le plan fibre sera terminé, ces gens vont devoir faire autre chose. Ils offrent un bon socle de reconversion à l’électronique. »
Changer d’image
Enfin, la filière veut changer son image auprès des jeunes (et des parents). Des actions de sensibilisations seront menées dans les collèges et lycées pour tordre le cou aux idées reçues et donner envie aux jeunes, et notamment les jeunes filles, de s’orienter vers les métiers de l’électronique.
« A force de parler de délocalisation, tout le monde est persuadé qu’il n’y a plus d’électronique en France et que tout est parti en Chine, regrette Gilles Rizzo. Nous avons besoin de corriger cette perception, notamment chez les parents. C'est très important. Nous voulons encourager les jeunes filles à s’engager davantage dans nos métiers. Nous sommes loin de la parité certes, mais nous avons 20% de femmes dans nos effectifs. C’est plus que l’ensemble de l’industrie où ce taux est de 16%. »



