"On parle beaucoup de la pénurie de puces qui s’est généralisée de l’automobile à tous les secteurs d’application, souligne à L’Usine Nouvelle Eric Burnotte, président du Snese, le syndicat des entreprises de sous-traitance électronique. Mais la pénurie ne se limite pas à ces composants actifs. Elle touche aussi les composants passifs. Résistances, condensateurs, inductances, bobinages… Presque tous les composants passifs manquent. Aujourd’hui, plusieurs usines automobiles sont à l’arrêt principalement à cause de ce problème."
Si les puces électroniques représentent la plus grande valeur des systèmes électroniques, les composants passifs sont tout aussi essentiels. " Ils représentent jusqu’à 80% du nombre de composants montés sur une carte électronique, affirme Eric Burnotte. Nous en avons besoin tout autant que les composants actifs. Sans les uns ou les autres, nous sommes condamnés à l’arrêt. Il faut avoir une vision globale de la pénurie et ne pas se cantonner aux seuls semi-conducteurs."
Une crise inédite
La filière de production électronique est coutumière des pénuries de composants passifs. La dernière remonte à 2018. Mais la crise actuelle s’annonce la plus longue et la plus compliquée. "Elle a débuté en octobre 2020 et la situation continue à se dégrader, note Eric Burnotte. Elle va perdurer jusqu’en 2022 et potentiellement en 2023. Inédite par sa durée, elle l’est aussi par son étendue et son ampleur. Elle touche tout le monde et tous les étages. Jamais, nous n’avions connu une pénurie sur tout le catalogue de composants comme aujourd’hui". Les causes sont multifactorielles : "dislocation de groupes industriels intégrés comme Thomson, Philips, Motorola ou Siemens, augmentation de la demande de PC pour le télétravail, perturbations des transports, manque de conteneurs, etc, énumère le président du SNESE. Face à cette situation, les grands acheteurs tendent à gonfler leurs stocks, contribuant à aggraver la crise."

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SNESE Eric Burnotte, président du Snese. Photo: Snese
Alors que de grandes usines de semi-conducteurs existent encore aux Etats-Unis et en Europe, la production de composants passifs se trouve particulièrement concentrée en Asie. Le Japon joue un rôle central, avec de nombreux fabricants majeurs comme TDK, Murata, Epson, Taiyu Yuden ou Kyocera. "Dans les semi-conducteurs, nous assistons à une avalanche d’annonces d’investissements dans l’extension des capacités de production et de nouvelle usines, constate Eric Burnotte. Rien de tel dans les composants passifs où les investissements nécessaires sont pourtant bien moindres. Alors qu’il faut 2,5 à 5 milliards de dollars pour créer une nouvelle usine de puces, il suffit de quelques centaines de millions de dollars pour une grande usine de composants passifs."
Composants à connotation péjorative
Les pouvoirs publics et les médias semblent focalisés sur la pénurie de puces et n’ont pas conscience du problème dans les composants passifs. "Un type de composants à connotation péjorative, qui n’intéresse pas beaucoup les investisseurs", remarque Eric Burnotte. Le problème est pourtant discuté tous les 15 jours au sein d’un comité mixte du Snese, de l’Acsiel (syndicat professionnel des composants électroniques) et du SPDEI (syndicat de la distribution de composants électroniques).
Quelles leçons tirer de cette crise ? "Il faut revenir à une vision stratégique de la fonction achat en entreprise, conseille Eric Burnotte. Beaucoup des acheteurs chevronnés dans notre filière sont partis à la retraite. Ils ont laissé la place à des jeunes peu au fait des pénuries à répétition qui touchent notre industrie. Il y a eu également une évolution de perception où plus personne ne se préoccupe de la disponibilité des composants, regrette Eric Burnotte. Il faut changer cela et prendre l’habitude de transmettre le plus tôt possible les prévisions de commandes aux fabricants, pour qu’ils puissent planifier leurs investissements et leur production. C’est seulement ainsi que nous pouvons nous en sortir dans l'avenir. "



