La crise du coronavirus plombe davantage la filière papier-carton

Les représentants de la filière papier-carton alertent sur les conséquences de la récession pour leurs entreprises, déjà affaiblies par le repli de la consommation de papiers graphiques. La forte demande récente en papiers d’hygiène ne suffira pas à maintenir l'équilibre.

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arjowiggins  fabrication de papier usine de Besse sur Braye
Fermeture d'Arjowiggins en 2019, de Chapelle Darblay en 2020 : la filière papetière française est à la peine.

La crise économique renforce la pression sur le secteur du papier-carton, en difficulté depuis plusieurs années, prévenait l’Union française des industries des cartons, papiers et celluloses (Copacel) lors de la présentation de ses perspectives annuelles, le 3 juin. "Nous sommes un des pays dont l’économie s’est le plus arrêtée durant le confinement. Plus que nos voisins, nous risquons d’être pénalisés par les surcapacités ", estime son président, Philippe d’Adhémar.

Après avoir affiché une belle résistance durant le confinement, avec un niveau d’activité de 90 % - contre 55 % pour l’industrie dans son ensemble -, le secteur (10 949 salariés, 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires) subit les effets de la récession. " Tous nos segments sont en train de freiner, même s’ils ne l’ont pas ressenti durant le confinement. Les entreprises ont, ou auront, des problématiques de trésorerie, et sont exposées au risque d’impayés ", poursuit Philippe d’Adhémar.

Parmi les inquiétudes exprimées figurent le déséquilibre entre une offre excédentaire et une demande de papiers et cartons en baisse, la baisse des taux de charge des machines à papier en dépit des coûts fixes et, à plus long terme, un changement des habitudes de consommation (repli des papiers bureautiques et graphiques suite à l’essor du télétravail et des abonnements aux journaux en ligne). Les mesures de distanciation sociale rallongent quant à elles les temps alloués à la maintenance.

Des pistes pour un plan de relance

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Pour rebondir, l’interprofession a esquissé les pistes d’un plan de relance, qui passe sans surprise par des mesures liées à la compétitivité des entreprises. " La fiscalité de production est un élément majeur de distorsion de la concurrence entre la France et les pays de la zone euro ", martèle Philippe d’Adhémar. Copacel appelle à une baisse du taux de la contribution économique territoriale, ainsi qu’à une remise à plat de la fiscalité environnementale. " La plupart de nos sites sont recycleurs. Les déchets ultimes partent en centre d’enfouissement avec une taxe élevée, ce qui est un peu difficile à comprendre puisque l’on termine le process de tri".

En 2019, la France a produit 7,323 millions de tonnes (Mt) de papiers-cartons, en a importé 5,181 Mt et exporté 3,997 Mt. Rappelant que de nouvelles fermetures de sites aggraveraient le déficit commercial de la filière, Copacel suggère d’aider les entreprises à s’équiper en équipements de chauffage par biomasse ou combustibles solides de récupération, une manière de verdir la production française.

Sans surprise, Copacel propose également d’encourager l’utilisation des produits biosourcés. L’organisation regrette en revanche le choix de favoriser les papiers recyclés dans les achats publics de papiers bureautiques. " Les papiers bureautiques ont vocation à être transformés, à terme, en emballages. Nous avons besoin d’injecter de la fibre vierge dans le process. Au final, on importera davantage de papiers recyclés ", commente Philippe d’Adhémar.

La filière réclame enfin des mesures pour renforcer la compétitivité des achats en bois, ainsi que de nouvelles incitations au développement de l’apprentissage, auquel le secteur recourt fortement. A date, la perte de production liée au coronavirus est estimée à 10 %, un chiffre amené à s’aggraver, selon les représentants de la profession.

2019, nouvelle année de repli

L’an dernier, l’arrêt des sites d’Arjowiggins marquait l’actualité de la filière. Une réduction de capacités qui concourt à la chute de 7 % du volume de papiers et cartons produits (7,3 Mt). La baisse des prix de vente de la plupart des papiers et cartons a précipité la chute du chiffre d’affaires du papier, du carton et de la pâte marchande : -12,8 %, à 5,4 milliards d’euros. " Les prix des intrants ont été plutôt baissiers ", souligne toutefois Philippe d’Adhémar, qui suivra de près l’évolution de ce poste.

Les papiers à usage graphique ont poursuivi leur dégringolade (-22,6 %, à 1,633 Mt). Copacel n’a pas souhaité s'exprimer sur l’impact prévisible de la faillite récente de Presstalis, la première messagerie française de presse. La production de papiers dédiés à l’emballage et au conditionnement a perdu 0,6 % en 2019, à 4,439 Mt.

La baisse est, là, conjoncturelle plutôt que tendancielle puisque la demande augmente, et s'explique par des arrêts techniques et la fermeture d’un site de production. Même la production de papiers d'hygiène a chuté (-3,4%) entre 2018 et 2019, passant de 846 000 à 817 000 tonnes, alors qu'elle avait gagné 0,6% en 2018. Là aussi, la baisse s'explique par des arrêts de production consécutifs à une cession d'actifs. La production de pâte à papier, enfin, a légèrement augmenté (+0,8% à 1,63 Mt), cette activité ayant connu moins d'incidents et de jours d'arrêt.

Notamment marquée par la fermeture de l’usine UPM Chapelle Darblay de Grand-Couronne (Seine-Maritime), un des utilisateurs les plus importants en France de vieux papiers, l’année 2020 risque d’être pire que 2019. Si ce n'est sur le prix des papiers à recycler, dont le surplus va augmenter faute d'exutoires suffisants en France, ce qui pèsera sur leurs prix d'achat par les papetiers.

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