Analyse

La Charte solaire européenne signée par la France arrive trop tard pour Systovi

Le 15 avril, la France et 22 États membres ont signé une charte solaire visant à promouvoir une offre solaire durable et de qualité en Europe. Pour le fabricant nantais de panneaux Systovi ou le suisse Meyer Burger, elle arrive trop tard.

Réservé aux abonnés
Voltec Solar, qui assemble des panneaux solaire à base de cellules au silicium à Dinsheim-sur-Bruche dans le Bas-Rhin, va travailler avec l'IPVF pour proposer des panneaux tandem
Après la faillite de Systovi, en attendant les gigafactories de Cabron et Holosolis, il ne reste deux fabricants de panneaux photovoltaïques en France, Voltec Solar (photo) et Reden.

L’annonce doit avoir un goût amer pour les 87 salariés du fabricant nantais de panneaux photovoltaïques Systovi, qui a annoncé le 17 avril cesser son activité, victime de la concurrence chinoise. Le même jour, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et Roland Lescure, ministre délégué à l’Industrie, se félicitaient dans un communiqué avoir signé deux jours plus tôt, lors d’un conseil informel de l’énergie, «une charte solaire» visant à promouvoir «une offre solaire durable et de qualité en Europe» aux côtés de 22 États membres de la Commission européenne et d’une centaine d’industriels.

Les États signataires s’y engagent en particulier à mettre en œuvre rapidement les mesures du Règlement pour une industrie «zéro net» ou Net Zero Industry Act (NZIA). Le NZIA est censé favoriser l’achat, et donc la production, de panneaux solaires made in Europe en permettant d’inclure dans les appels d’offres des critères hors prix, de type contenu local.

Cette charte est le fruit de l’action de lobbying de l'European Solar Manufacturing Council (ESMC), représentant 80 fabricants de modules photovoltaïques européens, qui tirait la sonnette d’alarme début janvier, demandant «instamment à la Commission européenne de mettre rapidement en œuvre des mesures d'urgence», face à la déferlante de modules chinois à prix cassés.

Le risque n’est pas nouveau. En 2022, la Commission avait déjà mis en place une Alliance européenne de l'industrie solaire photovoltaïque, pilotée par l'EIT InnoEnergy avec le syndicat SolarPower Europe et l’ESMC, pour augmenter la capacité de production annuelle de 30 GW en Europe d'ici à 2025, en facilitant l'investissement et en réduisant les risques. Un fonds innovation finance des usines de modules photovoltaïques plus performants, comme celle 3Sun d’Enel en Sicile ou de Carbon à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône).

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

L'avenir est aux gigafactories

Pas suffisant pour retenir le fabricant suisse de panneaux solaires Meyer Burger, qui a annoncé le 23 février fermer son usine près de Dresde en Allemagne, préférant investir aux États-Unis. Et si deux enquêtes visant des consortiums composés quasi intégralement d'entreprises chinoises du photovoltaïque ont été lancées début avril par la Commission européenne dans le cadre du règlement relatif aux subventions étrangères (RSE), entré en vigueur en juillet 2023, leurs résultats risquent d’arriver là aussi trop tard pour protéger les fabricants européens existants. D’autant que vu l’urgence climatique et les besoins en énergies renouvelables pour sortir des fossiles, l’Europe ne peut pas se passer des panneaux chinois. Relancer la taxe antidumping mise en place par l’Europe sur les panneaux chinois en 2013 et supprimée en 2018, n’est d'ailleurs pas à l’ordre du jour.

De même, la série de mesures pour soutenir les fabricants français de panneaux solaires annoncée par Bercy le 5 avril arrive trop tard pour sauver Systovi. «Si on trouve un repreneur industriel crédible, prêt à s’engager et un plan d’affaires crédible, on accompagnera. L’État n’a pas vocation à être industriel», avait alors expliqué Bruno Le Maire. Apparemment impossible d'actionner une commande publique exceptionnelle, qui aurait pu rassurer un repreneur ou aider à passer ce cap difficile. L’État a pourtant lui aussi nombre de toitures et parking à couvrir de panneaux solaires ! Mais Systovi est trop petit. «Pour être compétitif, il faut des économies d’échelles. Il faut au minimum des unités de production de 3 GW, voire 5GW », a expliqué à L’Usine Nouvelle Jean Jacob Boom Wichers, le PDG d’Holosolis, qui porte un des deux projets de gigafactories de panneaux solaires à Hambach (Moselle). L’autre est celui de Carbon à Fos-sur-Mer.

Une filière à reconstruire

C’est à leur future production que le plan solaire de Bercy veut assurer des débouchés, avec deux mesures. La France va utiliser son nouveau crédit d’impôt industrie verte (C3IV) pour soutenir les projets de production photovoltaïque. Il apportera jusqu’à 200 millions d’euros de financement pour les deux nouvelles usines.

L’État a également signé auprès de 29 entreprises du secteur un pacte solaire visant notamment à bâtir une filière industrielle apte à «produire en France d’ici à 2030 40% des panneaux photovoltaïques que nous utilisons. C’est l’objectif fixé au niveau européen dans le Net Zero Industry Act», a déclaré Bruno Le Maire le 5 avril. Il s’agira de produire, en France, 3 à 5 GW sur la chaîne de valeur du silicium, 5 à 10 GW de lingots & wafers, 5 à 10 GW de cellules, 3 à 5 GW de verre solaire et 3 GW d’onduleurs. Or, si le silicium est une ressource dont on ne manque pas, l'Europe ne compte aujourd’hui qu’un seul fabricant de wafer. Il est norvégien.

Abonnés
Le baromètre de l’énergie
Prix de l’électricité et du gaz, production nucléaire, éolienne et hydraulique… Notre point hebdo sur l’énergie en France.
Nos infographiesOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Ils recrutent des talents
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs