L’appel à soutenir l’effort de guerre, lancé par le gouvernement français auprès des industriels de la défense, ne s’est pour l’instant pas traduit en nouvelles commandes pour le sous-traitant d’électronique Eolane. Les représentants du personnel espéraient pourtant qu’il pousse le groupe suisse Cicor, très probable repreneur de la branche France, à muscler son offre de reprise. Mais celle définitive, sur laquelle le tribunal administratif doit se prononcer lundi 31 mars, comprend toujours un plan de licenciement de 23% des effectifs. Cela concerne notamment les sites d’Angers et de Combrée (Maine-et-Loire), qui travaillent dans la défense pour Thales et KNDS.
L’issue de la décision du tribunal administratif ne fait guère de doute. Le groupe électronique Cicor présente l’offre la plus favorable. Elle ne prévoit que la fermeture du site de Valence (Drôme), soit la suppression de 150 emplois. Quatre usines seraient reprises en l’état : celle du Maroc, de Douarnenez (Finistère) – qui travaille aussi dans la défense, pour Airbus – de Neuilly-en-Thelle (Oise) et de Saint-Agrève (Ardèche). Les trois autres sites – le siège de la holding et les deux sites du Maine-et-Loire – devraient être restructurés, après le licenciement préalable de 100 personnes. De quoi conserver quelque 850 salariés sur les 1100 d’Eolane France, chiffrent globalement les représentants du personnel. L’autre offre sur la table, formulée par le groupe lyonnais Synov, ne conserve que deux sites industriels et seulement quelques emplois au siège de la holding France. Soit moins de 250 salariés.
Des usines à 50% de leur capacité
«La cession d’Eolane France à Cicor ne serait pas une mauvais nouvelle, estime un représentant du personnel. C’est aussi un sous-traitant de l’électronique, avec un vrai projet industriel derrière. Ce qu'on dénonce, c’est qu’elle prévoit le licenciement brut de 100 personnes avant même de regarder les restructurations possibles. Ces gens vont devoir partir au 15 avril, cela veut dire qu’on va perdre des compétences dont on aura peut-être à nouveau besoin dans six mois.»
Pour cet élu au CSE, l’effort de guerre pourrait au contraire redonner de l’activité à Eolane France, dont 30% du chiffre d’affaires est lié à la défense selon les syndicats, et permettre de prendre plus de temps pour penser une restructuration de long terme. «Aujourd’hui, nos usines d’Angers et de Combrée ne sont utilisées qu’à 50% de leur capacité, alors qu’elles ont les compétences et les habilitations pour la défense, poursuit-il. C’est un peu schizophrène de voir qu’au moment où tout le monde cherche de la capacité de production de défense, on ne les mobilise pas plus et qu’on contraire on y licencie du personnel.» D’après le syndicaliste, Cicor se serait rapproché des trois clients de la défense d’Eolane, mais n’aurait pas reçu de leur part d’engagement ferme pour de nouvelles commandes.
Né dans les années 1980 dans le Maine-et-Loire, Eolane est depuis 2017 la propriété du fonds d’investissement Hivest. Celui-ci a engagé une cession de la holding France – qui comprend donc un siège à Angers, six sites de production dans l’Hexagone et une usine au Maroc – mais souhaite conserver les branches plus rentables de Chine et d'Estonie. En difficulté depuis plusieurs années, la branche française est en vente depuis décembre 2024. «On a manqué d’une vraie stratégie industrielle ces dix dernières années, ce qui fait qu'on n'est pas assez compétitifs», estime le syndicaliste. Contactée, la direction d’Eolane France n'a pas répondu à nos questions, seulement estimé que «la reprise est la meilleure solution pour garantir l'emploi et la pérennité des activités d’Eolane en France». Le fonds Hivest, n'a pas répondu à la sollicitation de L'Usine Nouvelle.



