L’économie de guerre, c’est un défi de production, mais également une prise de risque pour les industriels de l’armement. KNDS France (ex-Nexter) en sait quelque chose. Quelques mois après l’invasion de l’Ukraine et la livraison par la France de 18 canons Caesar à Kiev, l’État lui a passé commande pour autant de canons afin de rééquiper l’armée française. Avec une exigence : il faut produire plus et plus vite. L’économie de guerre chère au Président Macron est lancée !
La marche à franchir est haute pour KNDS. Il faut réduire les cycles de fabrication de 22 mois à 12 mois. Il faut aussi passer les cadences de production de un à deux canons Caesar par mois à six. «C’était le contrat moral passé avec l’État », rappelle Nicolas Chamussy, directeur général de KNDS France, lors d’un échange avec les membres de l’association des journalistes de la défense (AJD), le 12 mars.
Alors même que le contexte économique est compliqué : le secteur industriel sort à peine de la crise du Covid, les coûts de matières premières ainsi que de l’énergie explosent, et il y a une pénurie de composants électroniques. Pour Nexter, c’est un pari qui n’est pas pris à la légère. «Quand on prend des décisions d’investissement industriel, on les porte au sens physique et financier pendant des décennies. Elles nécessitent de s’appuyer sur un plan d’affaires un peu solide», confie Nicolas Chamussy
Plus de 60 canons Caesar à produire en 2025
Il faut investir sans certitude sur la pérennité du flux de commandes, alors que l’État français ne s’était pas engagé au-delà de sa commande initiale. «On n’avait pas encore pris conscience à ce moment-là de ce que serait cette guerre et de ce que serait la demande générée par les autres pays européens», reconnaît le dirigeant.

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Sommée de prendre ses responsabilités, la direction du groupe fait le choix d’investir massivement. En avril 2022, elle commande près de 300 ébauchés métalliques pour fabriquer des tubes de canons Caesar, soit l’équivalent de près de quatre années de production pour la canonnerie de Bourges (Cher).
C’est l’un des éléments les plus critiques, nécessitant des délais d’approvisionnement longs. «En temps normal, on ne l’aurait pas fait tout simplement, admet Nicolas Chamussy. Cela veut dire un risque industriel pour une entreprise de notre taille qui n’est pas anodin». Et pour cause. Sur ces trois dernières années, l’industriel estime que cela représente un investissement de près de 500 millions d’euros qui n’était pas couvert pas des contrats !
In fine, le pari pour soutenir l’effort de guerre ukrainien et le réarmement du pays s’est avéré gagnant. D’une part, le défi industriel a été relevé. En 2019, 2020, 2021, KNDS produisait entre 10 et 15 canons par an en moyenne. En 2024, la société a produit 43 exemplaires. Et ce n’est pas fini. «Nous prévoyons d’en produire plus encore en 2025, de l’ordre de la soixantaine», table Nicolas Chamussy.
D’autre part, les commandes ont afflué. Le canon a fait ses preuves sur le terrain et a été plébiscité par les armées ukrainiennes, notamment grâce à sa capacité de précision pour toucher des cibles jusqu’à 40 km de distance. Outre la France, de nombreux pays (Estonie, Arménie, Croatie, Danemark) ont en acheté, soit pour leurs propres besoins, soit pour les livrer à Kiev. «À la fin 2025, 113 canons Caesar seront sortis des usines KNDS pour se retrouver sur le champ de bataille ukrainien», précise Nicolas Chamussy.
Des livraisons en un temps record
L’économie de guerre a même dopé la réactivité de KNDS. Ainsi, les canons Caesar qui ont défilé à Tallinn en Estonie le jour de la fête nationale le 24 février dernier, ont été commandés en juin de l’année précédente. Soit une livraison en un temps record. «C’est infiniment plus rapide que les cycles avant-guerre. On n’aurait pas pu le faire si on n’avait pas fait ces anticipations», se félicite le dirigeant du groupe.
Pour KNDS, l’effort de guerre a concerné également la production des obus de 155 mm, ceux-là mêmes réclamés ces dernières années à cor et à cris par les artilleurs ukrainiens. En 2022, le groupe a décidé en autofinancement d’augmenter sa capacité de fabrication et de remplissage d’obus.
En 3 ans, KNDS aura bientôt multiplié par trois sa capacité de production obus qui passera à 100000 obus par an dans le courant de l’année. Il a investi pour cela dans des machines industrielles d’usinage des ébauches d’obus pour son site de Bourges en France et sa filiale en Belgique. Les machines tournent 24/24h tous les jours et sont arrêtées uniquement pour les phases de maintenance.
Toujours en plein ramp-up industriel, la filiale française de KNDS sait qu’il faudra également prévoir un jour ou l’autre un ralentissement des cadences. «Compte tenu des cycles de production, le jour où il faudra freiner, c’est comme un paquebot, si on freine 100 m avant l’entrée du port, on percute la jetée», anticipe le directeur général de KNDS. Les lignes des usines de Bourges et de Roanne tournent à plein régime... Alors même que les premières discussions s’engagent pour une trêve entre l’Ukraine et la Russie.



