Dans la soirée de jeudi 23 juillet, après avoir échangé avec les dirigeants d’Airbus et ses représentants syndicaux, Agnès Pannier-Runacher a rencontré les sous-traitants de la filière aéronautique. L’occasion pour la ministre déléguée à l’Industrie de rappeler que ce n’est pas une entreprise, mais bien toute la filière qui est mise en danger par l'actuelle crise du secteur aérien liée à la pandémie de Covid-19.
Faire appliquer la Charte aéronautique et lancer le fonds de soutien
"J’ai demandé aux donneurs d’ordre de prendre leurs responsabilités", a annoncé la ministre à l’issue de sa réunion de travail avec la direction d’Airbus. Pour Françoise Vallin, coordinatrice syndicale chez Airbus pour CFE-CGC TBC, "si rien n’est fait pour mettre concrètement en œuvre la Charte Aéronautique et utiliser le fonds de soutien d’un milliard d’euros annoncé il y a déjà plus de deux mois par les quatre décideurs de la filière (Airbus, Safran, Thalès, Dassault), nous courons droit à la catastrophe". Mais cela passe aussi par la gestion sociale de la crise, et sur ce point, les syndicats et la ministre entendent ne faire aucune concession : "Airbus doit être exemplaire".

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Lors de la réunion de travail qui leur était dédiée, les représentants syndicaux et la ministre ont fait le bilan de la situation de l’industrie française, où "l’aéronautique est l’un des derniers secteurs dans lesquels la France peut encore se considérer comme un leader mondial", souligne Jean-François Knepper, délégué syndical central pour Force Ouvrière (FO) chez Airbus. Mais ce dernier ne manque pas d’élargir le champ d’analyse pour examiner l’impact global sur la filière. "Airbus est l’arbre qui cache la forêt", observe-t-il. Dominique Delbouis, coordinateur FO, dit avoir expliqué sans détour à la ministre que "toute notre économie repose sur l’industrie".
Miser sur la production à haute valeur ajoutée
Une France sans usine, ça ne marche pas comme l'imaginait Serge Tchuruk en son temps. Pour préserver son tissu industriel, l’industrie aéronautique doit agir sur plusieurs leviers. Le premier consiste à réimplanter en France les activités de production à haute valeur ajoutée. "Même s’il est impossible de rapatrier toute la production, Airbus ne doit pas fermer la porte au dialogue en privilégiant la trésorerie, et en refusant d'envisager des plans qui ne payeront qu'à moyen-terme", argue Françoise Vallin.
Le projet de l’avionneur de créer sur son site Toulousain une chaîne d’assemblage pour son avion A321 pourrait ainsi créer 600 emplois, selon les syndicats. Qui estiment que l’A350 ayant du mal à trouver son marché, l’A320 étant majoritairement produit à l’étranger, et l’A330 étant en passe de devenir obsolète, cette chaîne d’assemblage made-in-France permettrait à Airbus de continuer de produire des avions en France, lorsque la transition vers la nouvelle génération d’appareil se fera. Mais pour l’instant, le projet est suspendu.
Ne pas oublier les fournisseurs
Or en France, 80 % de l’activité aéronautique d’Airbus – ingénierie et production confondues – est sous-traitée, d'après Jean-François Knepper. "La balance serait opposée en Allemagne", où cette part d’activité sous-traitée ne représenterait que 20 %.
Aux yeux du délégué FO, la crise actuelle de la demande aurait montré les limites d’un tel système. "Au début de la crise, Airbus a arrêté au fur et à mesure ses contrats de sous-traitance, et c’est toute la chaîne de valeur qui s’en trouve impactée, car aujourd’hui, ces mêmes entreprises qui dépendent des grands groupes envisagent de mettre en place des plans de sauvegarde de l’emploi touchant plus de 50 % de leurs salariés", résume-t-il. Ces dernières semaines en effet, les plans de PSE ou d'accords de performance collective se sont enchaînés parmi les PME qui fournissent Airbus.
D’où l’urgence de "réinstaurer rapidement un climat de confiance entre les décideurs et l’ensemble des entreprises de la filière qui s’appuient sur eux", a déclaré Alain Di Crescenzo, PDG du sous-traitant d’Airbus IGE XAO et président de la CCI Occitanie, suite à la rencontre entre la ministre et les sous-traitants. "La Charte Aéronautique est là pour ça, et il est crucial qu’elle soit appliquée", affirme-t-il.
Par ailleurs, Philippe Robardey, PDG de l'ingénieriste aéronautique Sogeclair, insistait sur le fait "les aides qui émaneront du plan de soutien à l’aéronautique devront irriguer toute la filière, et même alimenter directement les plus petits acteurs". Sur ce point, la ministre se veut rassurante en exprimant par exemple que "les 1,5 milliard d’euros alloués au Conseil pour la recherche aéronautique civile (Corac) doivent aussi servir aux TPE et PME du secteur".
Préparer la relance
Les prévisions d’un redémarrage de la demande à l’horizon 2023 devraient mettre tout le secteur en tension. Selon Agnès Pannier-Runacher, le retour de la demande "ne se fera pas avant deux ou trois ans". Pour les représentants du syndicat Force Ouvrière, "cela dépendra surtout des avancées sur la recherche d’un vaccin". "Les consommateurs ont envie de vivre, mais sont freinés par la potentielle transmission du virus et les restrictions de déplacement", ajoutent-ils.
Quoiqu’il en soit, le tissu industriel devra avoir été préservé en prévision de cette relance. "Une trop forte pression des donneurs d’ordres sur les sous-traitants – qui se ferait en coupant totalement les investissements pour sauver la trésorerie – risque de provoquer la fuite de ces entreprises qui sont essentielles à notre filière et le seront d’autant plus", s'inquiète Jean-François Knepper.
A l’échelle de l’entreprise aussi "il faut tenter de préserver l’emploi en utilisant les dispositifs d’activité partielle longue durée, pour assurer la capacité de rebond", selon Françoise Vallin. Pour Alain Di Crescenzo, "à la rentrée, les entreprises du secteur vont devoir se rééquilibrer, et demeurer flexibles".



