Reportage

À Toulouse, la visite de la ministre déléguée à l'industrie requinque les syndicats d'Airbus

Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée à l’industrie, s’est rendue jeudi 23 juillet sur un des sites toulousains d’Airbus. L’occasion de rencontrer les syndicats qui bataillent pour atteindre leur objectif : "zéro licenciement sec", dans le cadre du plan de restructuration annoncé par le géant européen de l'aéronautique.

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Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée à l’Industrie, était en visite sur le site toulousain d'Airbus.

Jeudi 23 juillet, pendant que les parlementaires ratifiaient le plan français de soutien à l’industrie aéronautique de 15 milliards d’euros, Agnès Pannier-Runacher s’est rendue à Toulouse (Haute-Garonne) pour rencontrer la direction d’Airbus et les représentants syndicaux. Sur le centre de livraison de l'avionneur situé à Colomiers, la ministre déléguée à l’Industrie est venue "mettre les donneurs d’ordre devant leurs responsabilités".

En "mettant 15 milliards d’euros sur la table, l’Etat a pris ses responsabilités, et il doit y avoir une contrepartie à l’argent public", a-t-elle martelé. Quant aux donneurs d’ordres de la filière aéronautique, Agnès Pannier-Runacher l’assure : "ils sont prêts". Elle a convaincu Dominique Delbouis et Jean-François Knepper, représentants du syndicat Force Ouvrière chez Airbus: "nous sommes allés au fond des sujets et sommes tombés d’accord sur la direction à prendre dans le traitement social de la crise". Les dirigeants d'Airbus n'ont pas échangé avec la presse.

Des mesures incitatives

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"Prendre conscience et passer à l’action". C’était la bannière portée par Françoise Vallin, coordinatrice CFE-CGC TBC au sein de l’avionneur européen. "Nous attendons de la ministre qu’elle prenne conscience de la difficulté de mettre en place des plans sociaux acceptables, et qu’elle fasse pression sur les donneurs d’ordre de la filière, dont Airbus fait partie, pour leur demander des efforts conséquents". "Il faut parvenir à zéro licenciement sec au terme des négociations", d’autant plus "qu’Airbus a une responsabilité vis-à-vis de la filière, et se doit de montrer le bon exemple", insiste Jean-François Knepper.

Pour y parvenir, pour les 5 000 emplois qu’Airbus a prévu de supprimer en France d’ici l’été 2021, la mise en place de mesures incitant les salariés à un départ volontaire est indispensable. Agnès Pannier-Runacher a assuré que "d’ici le premier août, tous les outils législatifs concernant, entre autres, l’activité partielle de longue durée (APLD) et les départs en retraite anticipés (DCA), seront mis en place et opérationnels". Les syndicats ont également demandé d’instaurer des allégements fiscaux sur les DCA, programme extrêmement coûteux pour les entreprises. "Après avoir mis 15 milliards sur la table, et avoir adapté le dispositif de chômage partiel pour éviter la disparition d’un tiers des emplois de la filière, l’Etat attend que chacun prenne ses responsabilités pour faire avec tous les outils qui sont disponibles aujourd’hui", leur a répondu la ministre.

Des idées pour sauver les emplois

Elle recommande aussi de "privilégier les accords de performance collective et l’APLD (extensible désormais jusqu’à 24 mois) par rapport aux licenciements". Ces mesures peuvent offrir aux entreprises du secteur "la flexibilité dont elles auront besoin pour s’adapter au plan de relance" qui sera présenté par le gouvernement en septembre. Mi-juin, le sous-traitant d’Airbus, Derichebourg Aeronautics Services, situé à Blagnac (Haute-Garonne), avait ainsi signé avec son syndicat majoritaire un des premiers accords de performance collective post-crise sanitaire. Les salariés ont alors renoncé à des primes pour éviter un PSE de 700 licenciements.

Créer de l’emploi en interne, c’est possible, estiment pour leur part les syndicats, relançant l'idée d’implanter une chaîne de production pour l’A321 sur le site de Toulouse, en réutilisant les anciennes installations prévues pour l’A380, un projet suspendu par Airbus en avril. "Lorsque l’A330 sera obsolète, et que l’A320 sera entièrement produit à l’étranger, il ne restera à Toulouse que le siège d’Airbus si on n’implante pas dès à présent une chaîne de production pour l’A321, ce qui représente la création de 600 emplois en interne".

Rebâtir sur la jeunesse et l’innovation

"Ne pas sacrifier toute une génération". Ce cri d’alarme des syndicats a été entendu par la ministre, qui encourage l’embauche des jeunes. Le syndicats voient dans le dispositif de départs volontaires l’occasion de laisser place à la nouvelle génération qui, selon Jean-François Knepper, "a toute sa place dans la digitalisation, et doit apporter sa fraîcheur et son ouverture à l’industrie aéronautique". Ainsi, l’une des revendications du syndicat Force Ouvrière consiste en "un recrutement, pour deux départs de salariés". La ministre en a pris note. A l’heure où le gouvernement annonçait débloquer 6,5 milliards d’euros pour soutenir l’embauche des jeunes, il est permis d’espérer.

De plus, la digitalisation du secteur avance à grand pas, et l’Etat a "multiplié par quatre les financements du Conseil pour la recherche aéronautique civile (Corac), en débloquant 1,5 milliard d’euros", souligne Agnès Pannier-Runacher, tout en précisant que ces aides "doivent aussi servir aux TPE et PME du secteur". Aussi la création effective d’une chaîne de production toulousaine de l’A321, avion "qui peut être fabriqué avec des dispositifs digitaux" insiste Jean-François Knepper, préfigurait ce que serait l’industrie aéronautique de demain et ouvrirait des portes, en plus de créer des postes en interne.

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