Malgré le plan de soutien à l’aéronautique de 15 milliards d’euros présenté début juin, les annonces de suppressions de postes se succèdent dans le secteur. Après Daher mais un peu avant Air France, Airbus a annoncé mardi 30 juin un plan de restructuration touchant l’ensemble des pays dans lequel le groupe est installé, à l'occasion d'un comité d'entreprise européen.
L’avionneur européen va supprimer environ 15 000 postes, au plus tard d’ici l’été 2021, uniquement au sein de sa branche dédiée à l'aviation commerciale. Soit un peu plus de 11% des effectifs globaux du groupe, mais 18% des effectifs de cette division. "Le processus d'information et de consultation avec les partenaires sociaux a débuté en vue de conclure des accords dont la mise en œuvre débutera à l'automne 2020", fait savoir le groupe dans un communiqué.
Sans surprise, la France et l’Allemagne paient le plus lourd tribut à ces réductions d’effectifs. Airbus compte supprimer 5000 postes en France et 5100 en Allemagne. Les autres pays où est implanté le groupe ne sont pas épargnés, avec 900 postes supprimés en Espagne, 1700 au Royaume-Uni et 1300 dans le reste du monde. "C'est la plus importante restructuration que le groupe ait jamais effectuée", a admis Guillaume Faury, le président exécutif d'Airbus lors d'une conférence de presse téléphonique organisée dans la foulée de cette annonce. Le dirigeant a précisé au passage que la division Airbus Helicopters était en revanche épargnée par ce plan.
Le détail de la répartition des réductions d’effectifs au niveau des sites français pourrait être transmis aux organisations syndicales jeudi 2 juillet. Comme le précise le groupe, les chiffres communiqués incluent les filiales d’Airbus que sont Stelia en France et Premium Aerotec en Allemagne. En revanche, les chiffres n'incluent pas les quelque 2665 suppressions de postes au sein de la division Airbus Defence and Space, dans le cadre d'un plan de restructuration engagé avant la pandémie.

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Un plan plus dur que Power 8
Quelle sera la nature des suppressions de postes chez Airbus ? "Notre équipe de direction et notre conseil d'administration sont déterminés à limiter l'impact social de cette adaptation", précise le groupe dans son communiqué, signifiant que les licenciements secs seront évités au maximum. L’avionneur pourrait jouer à la fois sur des départs en préretraite, d’autant que la pyramide des âges y est favorable, et une réduction des embauches, l’entreprise recrutant chaque année entre 5 000 et 6 000 personnes dans le monde. Le groupe devrait également tirer profit du dispositif d'activité partielle de longue durée.
Treize ans après le plan Power 8, qui visait la suppression de 10 000 postes, l’avionneur européen se dit donc contraint de procéder une nouvelle fois à une baisse drastique de ses effectifs, face à la crise provoquée par la pandémie mondiale. Elle a provoqué une chute vertigineuse du trafic aérien, entraînant des reports et des annulations de commandes d’appareils de la part des compagnies aériennes. Jamais le secteur n’avait eu à faire face à une crise à la fois aussi intense et durable. Industriels et experts du secteur s’accordent à dire que le retour à la normale du trafic aérien interviendra au mieux en 2023.
Un exercice d'équilibriste
Dès la mi-juin, dans un courrier adressé aux salariés, Guillaume Faury avait prévenu : "des décisions amères" devraient être prises en matière d’emploi en raison de la baisse de charge durable à laquelle va être confronté le groupe. Dans ce même document, le président exécutif d’Airbus signalait que la production serait réduite d’environ 40% en 2020 et 2021, par rapport aux prévisions qui avaient été faites avant la crise provoquée par la pandémie mondiale. Airbus avait entamé dès avril une forte baisse des cadences de production, celles de la famille des A320 passant de 60 à 40 appareils par mois. Un rythme toujours d'actualité.
"Notre plan de charge est également devenu structurellement très inférieur à nos effectifs, expliquait le dirigeant. Dit simplement: nous avons encore des mesures à prendre pour retrouver notre équilibre industriel et financier." Si le chômage partiel aura dans un premier temps permis au groupe de réduire la voilure, Airbus n’aura donc pas pu éviter de tailler dans les effectifs. L’ampleur de son plan est in fine équivalente à son grand rival Boeing, qui a l’intention de supprimer 10% de ses effectifs, soit environ 16 000 postes.
"Tout l’enjeu pour Airbus et Boeing va être de se redimensionner pour suivre la baisse de charges dans les trois à cinq ans à venir sans sacrifier leurs capacités à rebondir, pour eux et leurs chaînes d’approvisionnement, juge Rémy Bonnery, expert aéronautique au sein du cabinet de conseil Archery Strategy Consulting. Les avionneurs vont devoir s’assurer que les compétences critiques de leurs fournisseurs seront toujours là au moment du rebond." Entre la nécessité de réduire la voilure et l’enjeu de maintenir à flot la filière, Airbus joue un délicat exercice d’équilibriste.
La filière va être secouée
La liste des plans de restructuration devrait s’allonger dans les prochains mois, malgré le plan de relance annoncé début juin par le gouvernement, selon plusieurs industriels confiant leurs inquiétudes à L’Usine Nouvelle. "On peut envisager que les annonces de réduction d’effectifs seront plus importantes chez les sous-traitants que chez les donneurs d’ordre, ceux-ci ayant la capacité de réinternaliser une partie de la sous-traitance de capacité, prévoit Marc Durance, expert aéronautique chez Archery Strategy Conslting. Les annonces de plan de réduction d’effectifs vont s’accélérer dans les prochains mois."
Quel sera l’impact social de la crise sur la filière aéronautique française ? Les réductions d’effectifs pourraient représenter au global au moins 15% des effectifs, selon les témoignages de plusieurs dirigeants français du secteur. Soit quelque 45 000 emplois sur les 300 000 que compte la filière. Le plan de relance présenté par Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie et des Finances, a été bien accueilli. Mais son ambition de sauver quelque 100 000 emplois, un chiffre corrélé au 30 à 40% de baisse de charge, semble déjà obsolète.



