Les négociations duraient depuis plusieurs semaines chez Derichebourg Aeronautics Services, sous-traitant d’Airbus installé à Blagnac (Haute-Garonne). Le 12 juin, le syndicat Force ouvrière, majoritaire, a signé, seul, un accord de performance collective avec la direction. En échange d’efforts consentis par les salariés sur leur rémunération, la direction, qui envisageait un plan de sauvegarde de l’emploi de 700 licenciements, s’est engagée à
ne procéder à aucun licenciement économique jusqu’en juin 2022.
Tributaire d'Airbus
Le site, qui travaille à 90% pour Airbus, est touché de plein fouet par la crise qui secoue l’aéronautique. Plus de la moitié de ses salariés (sur un total de 1700 avec les CDD et les intérimaires) est encore en activité partielle. L’entreprise attend de connaître le programme de reprise d’Airbus, qui sera dévoilé en septembre, pour savoir de quoi son avenir sera fait.
L’accord prévoit la suppression des primes de repas et de transport, de 280 euros par mois sur dix mois. "Elles n’étaient pas légales, elles auraient disparu de toute façon", défend Jean-Marc Moreau, délégué Force ouvrière, qui ajoute que des tickets-restaurant seront distribués pour compenser une partie des sommes perdues. "Certains salariés viennent de loin, ils ont choisi cette entreprise parce qu’il y avait cette aide au transport, ils ne vont pas accepter de la perdre", estime Philippe Faucard, délégué UNSA farouchement opposé à l’accord. Par ailleurs, les salariés qui perçoivent plus de 2,5 Smic perdront leur 13e mois en 2020.
Le licenciement en cas de refus de modification du contrat
De plus, Airbus ayant mis fin au travail de nuit de ses prestataires, la moitié des effectifs de Derichebourg perd sa prime de nuit de 250 euros mensuels. Ce n’est pas dans l’accord de performance collective, mais 500 euros de moins, ça commence à faire beaucoup. "Nos salaires sont assez faibles, autour de 1 600 à 1 700 euros", précise Philippe Faucard.
Particularité des accords de performance collective : les salariés qui refusent la modification de leur contrat sont licenciés. "J’essaie de leur expliquer qu’il vaut mieux sauver leur emploi jusqu’en juin 2022, que d’être licenciés et de se retrouver en fin de droits au chômage en juin 2022", argumente le délégué Force ouvrière. Les plus âgés de ceux qui seront licenciés bénéficieront d’une indemnité supra-légale de 1 à 8 mois de salaire selon leur âge.
Désaccord entre les syndicats
La direction, qui sera obligée de recourir à l’activité partielle pour ne pas licencier, s’est engagée, dans l’accord, à maintenir pendant 24 mois les salaires des salariés en activité partielle à 84% de leur montant net actuel, quelle que soit la hauteur de l’aide de l’Etat.
Plusieurs centaines de salariés se sont mis en grève plusieurs jours pour marquer leur opposition à cet accord, dont ne veulent pas les deux autres syndicats de l’entreprise, l’UNSA et la CFE-CGC. "Si Airbus ne nous fait plus travailler, il faudra bien licencier, l’accord ne garantit rien du tout, s’inquiète Philippe Faucard. Et ceux qui resteront auront perdu 500 euros par mois…"



