[L’instant tech] Une pépite tricolore mêle bactéries et eaux usées pour produire de l’hydrogène

Athéna Recherche et Innovation a développé une méthode pour produire de l'hydrogène à partir de bactéries nourries avec les eaux usées d'usines agroalimentaires. Alors qu'un premier démonstrateur mobile va être testé dans les prochains mois, le premier site industriel de la pépite tricolore devrait voir le jour en 2023.

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Athéna Recherche & Innovation biohydrogène
Sur cette photo, sept réacteurs, permettant de produire du biohydrogène en mélangeant bactéries et eaux usées, sont reliés à des équipements d'analyse. Depuis l'ordinateur, Athéna Recherche et Innovation peut suivre les productions et les qualités des gaz.

Dès le début de l’aventure il y a cinq ans, lors de la création de l’entreprise Athéna Recherche et Innovation, l’objectif de Ludovic Briand était clair : « Faire de l’énergie à partir de déchets qui n’intéressent personne ». L’entrepreneur et son associé Romain Irague, docteur en microbiologie, ont d’abord tenté de produire du pétrole à partir de bactéries. « Mais elles n’en faisaient qu’à leur tête et produisaient de l’hydrogène, se souvient-il, amusé. C’était en 2018, au moment où Nicolas Hulot présentait le plan hydrogène. Finalement on s’est dit qu’on était dans le bon tempo. »

Fin octobre 2021, l’entreprise de 9 salariés a reçu le prix de l’innovation Evolen pour son projet de production de biohydrogène à partir des eaux usées de l’industrie agroalimentaire. Le principe, éprouvé aujourd’hui en laboratoire : obtenir, grâce aux eaux usées qui nourrissent des bactéries soigneusement sélectionnées, une fermentation qui produit un gaz composé d’hydrogène et de CO2. « Comme avec les autres procédés de production, telle que la pyrogazéification, nous devons ensuite purifier l’hydrogène en le séparant du CO2, qu’il est important de valoriser », précise Ludovic Briand.

Un site pour 120 tonnes par an

Basée à Saint-Georges-sur-Loire (Maine-et-Loire), Athéna Recherche et Innovation vient de démarrer la construction d’un nouveau démonstrateur mobile, d’un mètre cube, pour aller se connecter à différentes usines agroalimentaires et faire des essais sur plusieurs mois. « Nous voulons nous assurer qu’en changeant d’échelle, nous gardons les mêmes performances, justifie Ludovic Briand. Il va par exemple falloir trouver une façon de s’adapter au fait que certaine usines ne fonctionnent que 5 jours sur 7, alors que nos bactéries doivent être nourries chaque jour. »

L’entreprise travaille également sur l’ingénierie de son premier site industriel, développé avec un laitier, qu’elle va financer avec une deuxième levée de fonds en préparation et qu’elle espère opérationnel pour fin 2023. « Notre objectif est d’y produire 40 tonnes par an dans un premier temps, avec à terme un potentiel de 120 tonnes par an », chiffre l’entrepreneur.

Economie circulaire

Une production que l’entreprise veut valoriser dans une démarche d’économie circulaire. « Notre premier partenaire nous demande de lui réserver l’hydrogène produite pour la mettre dans ses camions ou chaudières », rapporte-t-il. L’objectif est bien de participer à la décarbonation de l’industrie en supprimant le transport et le traitement des eaux usées, transformées et valorisées directement sur place pour ne pas créer un nouveau transport coûteux et polluant.

5 milliards de mètres cubes d’eaux usées sont traités chaque année en France. Grâce à ces déchets, la pépite tricolore espère produire 10 000 tonnes d'hydrogène par an à l’échéance 2040. Preuve que le projet est prometteur, il a reçu le soutien, notamment financier, de TotalEnergies, Technip Energies, Engie et Schlumberger. 

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