Difficile d’imaginer à première vue qu’il s’agit d’un site de production. Sols et murs d’un blanc éclatant, grands espaces baignés de la lumière qui perce à travers les ouvertures du bâtiment, silence troublé seulement par les discussions entre salariés… Et pourtant. Bienvenue dans l’usine pilote de systèmes hydrogène de Symbio installée à Vénissieux, à quelques minutes en tramway au sud de Lyon (Rhône). Dans ce site de 8 000 mètres carrés qu’elle loue, la coentreprise entre Faurecia et Michelin assemble en petite série des stackpacks pour bus et utilitaires roulant à l’hydrogène.
Une activité qui permet à Symbio de peaufiner ses process en vue de la production de masse de ces précieux systèmes. Ceux-ci comprennent un circuit d’air, des systèmes de refroidissement et de contrôle-commande et, surtout, une pile à combustible. C’est d’ailleurs par cette pièce maîtresse que débute l’assemblage dans l’usine de Symbio. Derrière un sas sécurisé, des opérateurs s’attaquent au stackage, aidés par une machine. Cette phase consiste à empiler plaques bipolaires, membranes et joints qui composent les cellules des piles.
Guittet Pascal (Le stackage consiste à empiler les plaques bipolaires et membranes qui forment les cellules de la pile à combustible)
Guittet Pascal (Le stackage des piles à combustible est réalisé dans des conditions strictes)

- 2168+2.94
Avril 2026
Demi-produits X5 Cr Ni18-10 (1.4301) - Ecart d'alliage€/tonne
- 0=
Mars 2026
Polypropylène - 05-1-52 Chutes PP rigides naturelsVariation en €/tonne
- 1.2539+3.07
3 Avril 2026
Gazole France HTT€/litre
Process développés en interne
«En fonction de la puissance voulue, les piles à combustible comportent entre 70 et 280 cellules», précise le responsable de la production, Michaël Alonso. Une presse automatique entre ensuite en jeu, puis les premiers capteurs sont installés : les piles à combustible sont nées. De l’autre côté du sas, celles-ci passent par une phase d’activation. Comme pour les moteurs thermiques, cette étape est un moyen de roder les piles. Dans des box, des salariés habilités injectent progressivement de l’hydrogène pour faire monter en puissance les composants et contrôler leurs performances.
Autant d’étapes mises au point par Symbio. «A l’heure actuelle, les process n’existent pas sur le marché. Nous devons travailler avec des partenaires pour les développer», justifie François Esnault, vice-président en charge de la production et des achats. Avec un objectif : automatiser peu à peu la production pour augmenter les cadences. Une décision qui concerne également la dernière phase d’assemblage des stackpacks. En bout de ligne, les piles à combustible ayant passé avec succès le test de l’activation reçoivent des composants-clés. Une étape effectuée par les salariés à la main.
Guittet Pascal (L'activation permet de faire monter progressivement les piles à leur pleine puissance)
En piste pour "la plus grande usine d’Europe"
Une activité encore artisanale qui permet à Symbio de produire quelques milliers de systèmes à hydrogène par an. De quoi répondre aux besoins de sociétés telles que la Safra à Albi (Tarn), spécialiste des bus à hydrogène. Depuis peu, Symbio fournit aussi des stackpacks à Stellantis, dont les premiers utilitaires batterie-hydrogène doivent être livrés fin 2021. Une demande vouée à croître sous l’effet du durcissement de la réglementation européenne. En prévision de cette explosion des ventes, Symbio va se doter d’un site à Saint-Fons, à trois kilomètres de là, qui embarquera tout le savoir-faire acquis à Vénissieux.
Guittet Pascal (L'usine pilote de Vénissieux doit permettre de valider les process en vue du futur site de Saint-Fons)
Bientôt construite dans la Vallée de la Chimie sur un terrain racheté à BASF, cette usine assurera la production en grande série les stackpacks. Un projet à 140 millions d’euros, grâce auquel Symbio veut créer "la plus grande usine de systèmes hydrogène d’Europe", se félicite son président, Philippe Rosier. Le démarrage de la production est prévu fin 2023, avec une capacité initiale de 20 000 unités par an, puis à terme de 60 000 unités. Le siège social de Symbio, et un centre de R&D, doivent aussi être implantés sur place. Au total, le super site de Saint-Fons pourrait générer 1 000 emplois d’ici 2025.
Une future usine neutre en carbone
Bien plus que les 350 personnes qui travaillent actuellement pour Symbio, répartis entre Vénissieux, le site historique de Fontaine (Isère) ou en Suisse. Anticipant ses besoins en main-d’œuvre, la société a donc décidé de lancer fin avril son Hydrogen Academy. Cette structure a pour but de former environ 300 personnes par an aux métiers de la filière hydrogène, en partenariat avec des industriels et des écoles implantés en région Auvergne Rhône-Alpes. Au-delà du site de Saint-Fons, Symbio veut accélérer la montée en compétence dans l’hydrogène pour la mobilité… De préférence vert.
Guittet Pascal (Un exemple de pile à combustible)
Fort de sa proximité avec des industriels tels qu’Air Liquide installés dans la Vallée de la Chimie, le site de Symbio à Saint-Fons sera d’ailleurs alimenté en hydrogène "propre" dès 2023, en phase avec son ambition d’être neutre en carbone dès l’ouverture. Panneaux solaires et récupération de la chaleur générée en phase d’activation pour chauffer le bâtiment font partie des nombreuses initiatives qui seront mises en œuvre par Symbio pour respecter cet engagement. La pose de la première pierre, reportée plusieurs fois en raison de la crise sanitaire, est prévue en fin d’année.
Reportage photo : Pascal Guittet pour L'Usine Nouvelle



