Rio Tinto n’avait pas ouvert de nouvelle mine depuis une décennie. Son nouveau site de Gudai-Darri, en Australie occidentale, est devenu la vitrine des avancées technologiques du groupe. Début juin, le premier chargement de minerai de fer a été expédié depuis la mine, qui doit permettre à Rio Tinto de consolider sa position de premier producteur mondial. A quoi ressemble cette mine du futur ? A une mine, en grande partie... sans mineurs. Depuis plusieurs années, le groupe australien a fait de l’automatisation de ses sites miniers le grand axe de sa stratégie.
Dans le désert du Pilbara, il fait déjà circuler des flottes de camions sans conducteur et utilise des foreuses autonomes pour casser la roche. Les données, remontées en temps réel par les capteurs fixés sur les camions et les foreuses, renseignent sur les conditions du sol et sont analysées au centre de contrôle de Perth, à 1 500 kilomètres de la mine. Depuis 2019, le train qui transporte le minerai de fer produit par les mines de Rio Tinto de la région, avance sans conducteur jusqu’aux ports, piloté lui aussi depuis Perth. « A côté du déploiement de ces technologies déjà utilisées dans d’autres sites, Gudai-Darri est bien plus numérisé, avec davantage d'analyses de données », insiste un porte-parole.
Deux milliards d'euros investis par Rio Tinto
Le groupe a déployé pour la première fois des camions-citernes autonomes, alors que l’arrosage des sols, pour limiter les poussières, est un des enjeux majeurs des sites miniers. Un robot se charge de l’échantillonnage du minerai en laboratoire, pour vérifier sa qualité et sa teneur en minerai. Autre brique technologique nouvelle : un jumeau numérique du site de Gudai-Darri a été développé, et remis à jour en temps réel. Il devrait faciliter la formation des salariés à distance et planifier leurs interventions. Pour produire 43 millions de tonnes de minerai de fer par an, 600 salariés devraient rester présents sur le site. Pour le groupe, ce nombre réduit est un moyen « d’améliorer la sécurité sur le site », veut convaincre son porte-parole. Mais aussi d’augmenter la productivité, les machines fonctionnant en continu. De quoi justifier les deux milliards d’euros investis dans la mine, dont un tiers de l’énergie devrait être fourni par le biais de panneaux solaires.
Le groupe prévoit encore de nouvelles avancées pour réduire son empreinte environnementale. Il travaille avec Caterpillar pour remplacer ses camions autonomes de 220 tonnes par des modèles électriques. Un projet bien moins ambitieux que celui de son concurrent dans le minerai de fer, Fortescue Metals. Celui-ci travaille sur un train capable de se recharger tout seul. Grâce au dénivelé depuis les mines du groupe dans le Pilbara, à 600 mètres d’altitude, et son poids, le train transportant le minerai devrait charger sa batterie électrique lors des phases de descente. L’énergie stockée lui permettrait ensuite de remonter à vide, sans énergie supplémentaire. La solution permettrait d’économiser 11% des émissions de CO2 sur le scope 1 de Fortescue.



