Comme toute technologie industrielle, l’intelligence artificielle doit être évaluée. Idéalement de manière indépendante pour créer la confiance des utilisateurs, et peut-être à terme pour certifier ces systèmes, quand la réglementation sera là. C’est pourquoi le Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE) a annoncé, fin février, la construction en 2022 d’une plate-forme d’évaluation de l’intelligence artificielle dans ses locaux à Trappes (Yvelines). Le dispositif sera unique en Europe.
Equipée d’un logiciel de simulation, d’un système de projection à 360 degrés et d’un tapis roulant, la plate-forme doit permettre de réaliser des essais physiques pour prolonger des travaux numériques entamés depuis plusieurs années. "Cela fait plus de 10 ans que nous travaillons sur l’évaluation de l’IA, détaille Thomas Grenon, le directeur général du LNE. C’était l’un des points soulevés par le rapport Villani : la nécessité et l’importance d’avoir des acteurs indépendants, des tiers de confiance, à même d’évaluer avec des métriques l’efficacité des systèmes."
Traduction automatique du pachtoune en opération militaire
Travaillant avec des experts du domaine concerné, le LNE apporte les méthodes de travail propres au métrologue. "Nous avons par exemple travaillé avec la DGA (Direction générale de l’armement) pour l’évaluation de logiciels de traduction automatique du pachtoune [parlée en Afghanistan], illustre Thomas Grenon. C’est nécessaire pour guider les industriels dans leur choix : un logiciel performant pour la traduction en laboratoire ne sera pas forcément celui adapté pour traduire en conditions dégradées, où les voix sont hachées par exemple."
Outre la performance, l’éthique et l’efficience énergétique figurent aussi parmi les critères d’évaluation. Un robot d’aide à la personne destiné aux Ephad et des capteurs intelligents pour la mobilité autonome figureront parmi les premiers dispositifs testés sur la plate-forme. Le projet, qui implique plusieurs industriels (dont Google, Huawei et Thales), a obtenu un soutien financier de 390 000 euros dans le cadre du plan France Relance, sur un investissement total de 785 000 euros.



