[Infographie] Combat collaboratif, aide à la décision... Comment les armées s'emparent de l'IA

Détection plus rapide des menaces, aide à la décision militaire, entretien des matériels… Les algorithmes sont sur tous les fronts.

Réservé aux abonnés
Dassault Man Machine Teaming
Dassault Man Machine Teaming

L'intelligence artificielle sera-t-elle la troisième révolution technologique pour les armées, après la poudre à canon et l’arme nucléaire ? Toutes les armées (terre, mer, air et espace) s’y intéressent pour disposer d’une supériorité technologique et opérationnelle face à leurs adversaires. Tous les échelons du commandement sont concernés, du soldat en première ligne jusqu’aux états-majors qui définissent la stratégie. Et aucune fonction n’y échappera, du renseignement à l’entretien du matériel, en passant par la cybersécurité des missions.

L’armée française est consciente du bouleversement à venir, comme le prouve la publication fin 2019 d’un rapport du ministère des armées dédié à l’intelligence artificielle. Elle a fait de l’IA l’une de ses priorités avec un investissement de 100 millions d’euros par an durant la période 2019-2025 et le recrutement de 200 experts d’ici à 2023.

Les militaires ne découvrent pas les potentialités de l’IA. Des algorithmes de ce type permettent déjà d’optimiser la trajectoire de missiles, de traduire automatiquement des textes en langue étrangère. "Nous nous projetons dans une accélération en matière de numérisation des navires et de leurs systèmes d’armes et de puissance de calcul embarquée. Ces deux facteurs font que l’IA présente un intérêt majeur dans nos développements", explique Vincent Geiger, le directeur du centre de recherche technologique de Naval Group. Cette numérisation touchant aussi les aéronefs militaires et les véhicules blindés, les industriels de l’armement ont pris le virage de l’IA pour répondre aux besoins des armées.

Réaction en temps réel

L’IA va épauler les soldats dans l’aide à la décision face aux nouvelles menaces. Notamment les plus imminentes où le temps de réaction de l’homme est un handicap. Contre les futurs missiles hypervéloces, Naval Group dispose déjà, par exemple, d’une fonction d’évaluation des menaces et d’affectation des armes. "Nous continuons d’améliorer ce type de capacités par le développement d’algorithmes fonctionnant en temps réel et prenant en compte toutes les capacités des systèmes de défense du navire, le pistage des menaces, les possibles brouillages électromagnétiques, pour proposer à l’équipage plusieurs solutions optimales d’engagement afin de neutraliser la menace", souligne Vincent Geiger.

L’IA doit permettre le combat collaboratif. Dans l’aérien, Dassault Aviation et Thales préparent les évolutions du cockpit du Rafale. L’avion de chasse pourra communiquer avec les drones pour adopter des stratégies innovantes de pénétration des défenses anti­aériennes, fondées notamment sur des trajectoires d’évitement intelligentes et réactives. Dans le domaine terrestre, Nexter fait progresser l’autonomie des blindés et leur capacité à agir en réseau. Les conflits de demain feront intervenir des véhicules de combat dronisés coordonnés par un véhicule de commandement. "Cela implique des challenges en matière d’automatisation de la surveillance des menaces et de mobilité autonome", détaille Carine Nési, à la direction de l’innovation et de la transformation digitale de Nexter. L’IA permet aussi d’accroître la disponibilité des équipements. Les Américains ont un temps d’avance dans ce domaine. Grâce à l’analyse des données de fonctionnement de ses aéronefs, l’US Air Force a amélioré de 25 % la disponibilité de sa flotte d’appareils.

Infographie IA militaireL'Usine Nouvelle
Infographie IA militaire Infographie IA militaire

Cliquez sur l'image pour l'afficher en grand format

Mais jusqu’où faire confiance à ces algorithmes alors que la vie des soldats et des civils peut être mise en jeu ? La faible maturité de certaines approches ne permet pas aujourd’hui d’utiliser les logiciels d’IA dans les applications les plus critiques. D’où les travaux de Thales pour créer une IA de confiance. "L’un des défis est d’avoir des algorithmes explicables en temps réel et dans des termes compréhensibles pour le soldat en mission, et non a posteriori dans un laboratoire", argue Marko Erman, son directeur scientifique. La certification de l’IA à des fins militaires reste encore un défi majeur pour les armées.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.