Mesurer la biodiversité des espaces maritimes, étudier en amont un site pour l’installation d’éoliennes offshores, détecter des objets variés à des fins de défense... Avec une bouée? C'est la promesse de l’entreprise franco-américaine Ocergy, qui entend proposer sa bouée bardée de capteurs aux industriels de l'éolien marin, aux scientifiques ou encore au secteur de la défense. Et prévoit de mettre à l'eau un démonstrateur au large des côtes occitanes. L’entreprise met en avant le côté tout en un de son équipement, qui «embarque des instruments de mesure, des moyens de production et de stockage d’énergie, des solutions de traitement et de transmission des données», détaille Guillaume Ardoise, responsable du développement commercial de l'entreprise.
Une colonne centrale pour stabiliser la bouée
«Jusqu’à présent, des moyens de mesures ponctuels et coûteux étaient proposés pour le bruit ambiant ou la détection des oiseaux», ajoute-t-il. Avec sa bouée, Ocergy propose un outil pour «mutualiser toutes les campagnes de mesures». Cela est rendu possible grâce à l’architecture même de la structure, pensée pour que la bouée bouge peu, même en périodes de roulis et de tangage. Un point essentiel pour avoir une correction moindre à apporter aux mesures réalisées par les différents capteurs.
La bouée, d’un diamètre de 26 mètres, est composée d’une colonne centrale qui reprend l’architecture des semi-submersibles, de trois colonnes extérieures reliées à l’aide de trois poutres hautes et trois poutres basses. Ocergy a repris «une technologie de bride utilisée dans l’offshore pétrolier, qui consiste en des tendons de stabilisation des plateformes et des systèmes boulonnage», détaille Guillaume Ardoise. La bouée est rigidifiée au maximum en reprenant le système de haubanage utilisé pour les bateaux à voiles.
Il parle d’une «bouée qui peut être vos yeux et vos oreilles, peu importe la distance des côtes ». Les limites éventuelles tiennent plutôt à la technologie d’ancrage et à la transmission des données. Ocergy a balayé ces contraintes en utilisant une technique d’ancrage profond et s’est récemment tourné vers Starlink, l'une des entreprises d'Elon Musk, pour avoir une connexion satellitaire. «Le périmètre d’Ocergy consiste à fournir la bouée, une disponibilité de puissance et une disponibilité de transmission, mais nous ne sommes pas responsables de l’interprétation des données», résume le responsable. Pour cela, l’entreprise s’est rapprochée de partenaires scientifiques.
Des capteurs au-dessus de l’eau
Un premier traitement des données est réalisé au niveau même des capteurs par l'entreprise occitane Tachysséma, qui a mutualisé les capteurs et les moyens de production d'énergie embarqués sur la bouée... autonome en énergie grâce à trois éoliennes, 18 panneaux solaires et des batteries. Un système de contrôle à distance est proposé, permettant de dégrader l'efficacité des capteurs si les réserves en énergie sont trop faibles.
Les capteurs en question sont multiples. «Un radar aérien peut détecter la présence d’oiseaux à plusieurs kilomètres et s’ils sont proches les caméras se déclenchent», liste Guillaume Ardoise. L’entreprise Sens of Life, qui fournit le capteur, s’occupe de l’analyse des données. Elle peut différencier les espèces grâce au mouvement des oiseaux. Le radar, tout comme les caméras, fonctionne même la nuit et lors des tempêtes. Captant des informations essentielles «pour comprendre quelles mesures doivent être mises en place pour que les oiseaux s’écartent lorsqu’ils s’approchent des éoliennes», explique-t-il, que ce soit des mesures sonores ou l’arrêt des éoliennes. Un microphone détecte l’activité des chauves-souris, un Lidar mesure la vitesse du vent jusqu’à plus de 200 mètres d’altitude, et un radar à vagues mesure la houle.
Sous l’eau, un réseau de huit hydrophones détecte l'activité autour de la bouée et triangule les poissons pour avoir une idée des trajectoires qu’ils empruntent. Une caméra sous-marine permet d’identifier les espèces. Le tout complété par un sonar, une technologie d’acoustique sous l’eau, qui est implantée par l'institut de recherche Chorus sous le regard des équipes de l’université de Perpignan (Pyrénées-Orientales).
Assez pour ne rien manquer de la vie sous-marine. L’activité des invertébrés peut ainsi être détectée entre 500 mètres et 2 kilomètres, celles des poissons entre 50 mètres et 300 mètres – il est même possible de savoir s’ils mangent, se reproduisent ou chassent – les "clics" des dauphins peuvent être détectés jusqu’à 1 000 mètres, la présence des cachalots jusqu’à 3 000 mètres et celle des grandes baleines jusqu’à 10 voir 30 kilomètres dans les graines plaines abyssales. Il est possible de détecter les bateaux présents dans une zone allant de 1 à 50 kilomètres selon leur taille et leur vitesse.
Un premier démonstrateur prévu en Occitanie
Ocergy a pensé sa bouée pour qu’elle soit transportable en pièces détachées par camion et assemblable en quelques jours seulement. Dans le secteur industriel, les besoins sont multiples. Cela comprend la mesure du risque en amont afin de s’assurer que le site comprend de bonnes ressources en vent, et anticiper la quantité d’électricité qui pourra être produite. Mais également mesurer les vagues, le vent et les courants pour dimensionner au mieux les éoliennes.
Un premier démonstrateur, Blue Oracle, doit être mis à l’eau au large de côtes entre Leucate (Aude) et Barcarès (Pyrénées-Orientales), dans les semaines qui viennent. La bouée doit y rester un an : les données collectées seront mises à disposition de la communauté scientifique. Mais Ocergy assure être déjà en contact avec des entreprises intéressées par sa technologie.



