La supériorité de l’armée russe sur l’armée ukrainienne fait peu de doute. Plus nombreuse, mieux préparée, elle est mieux dotée sur le plan technologique. En 2012, Vladimir Poutine a lancé un vaste programme de modernisation de son armée, annonçant plus de 500 milliards d’euros d’investissement dans le secteur sur dix ans. Chars hyper-modernes, missiles hypersoniques, roquettes ultra-dévastatrices… Les superlatifs ne manquent pas côté russe pour vanter la puissance de son arsenal nouvelle génération. Mais le déploiement de ces technologies sur le terrain semble limité.
Ainsi, les chars T-14 Armata développés depuis 2010 et reçus en 2021 par l’armée russe n’ont pas été envoyés au front. Sur place, les troupes se contentent des modèles moins modernes : le T-90, mis en service en 1992, et le T-72, qui date… de 1973. Idem pour le Soukhoï-57, avion de chasse mis en service en 2020 et qui n'est pas déployé sur le terrain, contrairement à celui de la génération précédente, le Soukhoï-35, utilisé depuis 2012.
« Parfois, l’ancien fonctionne très bien »
« Les matériels récents coûtent généralement extrêmement cher, explique Sophie Lefeez, chercheuse associée à l’institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Plus vous avez du matériel moderne, moins vous en avez : cela pose un problème de vulnérabilité, face à des adversaires qui peuvent les détruire facilement avec des engins explosifs improvisés (IED). » A l’image des cocktails Molotov qui, fabriqués en grande quantité dans les villes prises d’assaut, ont eu raison de plusieurs chars russes.
Cela explique peut-être pourquoi les armes russes de dernière génération ne sont pas encore employées. Se définissant comme « assez critique sur les armes high tech », la chercheuse observe que « parfois, l’ancien fonctionne très bien ». C’est notamment le cas des missiles thermobariques, relativement inconnus avant d’être mis en scène et utilisés au moins une fois en Ukraine, selon l’ambassadrice du pays aux Etats-Unis, Oksana Markarova. Considérée comme l’une des armes conventionnelles (non nucléaire) les plus destructrices, ces missiles combinent des effets thermiques, d’onde de choc et de dépression.
A l’impact, une première détonation disperse du carburant dans l’air. Une seconde y met feu, créant une onde de choc jusqu’à deux fois plus puissante qu’une bombe conventionnelle… et pouvant atteindre 3 000°C. S’ensuit une dépression tout aussi dévastatrice. « Le développement de ces armes remonte à la même époque la création des armes nucléaires, c’est vieux », rappelle Sophie Lefeez. Et pour cause : les chars TOS-1A déployés en Ukraine capables de lancer des missiles de ce type sont en service depuis 1988.
Dissuasion nucléaire
Les missiles hypersoniques souvent mis en scène par l’armée russe, eux, sont plus récents : « On en entend parler depuis au moins quinze ans », date Sophie Lefeez. « Pour l’instant, ces armes n’ont pas été utilisées, précise-t-elle. Elles ont un objectif de dissuasion, même si la Russie est tout à fait prête à s’en servir. » Prête à les utiliser… pour celles qui fonctionnent : « Il est assez fréquent que la Russie fasse la promotion d’armes nouvelles pas encore totalement au point », note la chercheuse.
C’est l’exemple du drone sous-marin Status-6, aussi nommé Poséidon : un navire à propulsion nucléaire et conduite autonome, capable selon les officiels, de déclencher des tsunamis en tirant des charges nucléaires. Ou du missile hypersonique Avangard susceptible, selon la Russie, d'atteindre une vitesse de Mach 20, de virer de cap à tout moment… Et d'emporter une charge nucléaire équivalente à 130 fois celle de la bombe d'Hiroshima. Deux armes de destruction massive dont le fonctionnement complet n’est pas avéré. Mais dont la force de dissuasion est incontestable.



