[Guerre en Ukraine] Hausses de tarifs et perturbations en vue pour le transport international de marchandises

Arthur Barillas, PDG et co-fondateur d’Ovrsea, décrypte pour l’Usine Nouvelle les conséquences du conflit en Ukraine sur le transport international de marchandises. Les routes ferroviaires de la soie sont à l’arrêt, les prix des transports maritime et aérien devraient s’envoler.

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UTLC ERA route de la soie
Les routes de la soie ferroviaires sont à l'arrêt, au grand détriment de la Russie... et de la Chine.

Après la crise du Covid-19, qui a désorganisé les supply chains mondiales, le commerce international doit affronter une nouvelle épreuve : la guerre en Ukraine. A court et moyen termes, quels modes de transport sont affectés ? Arthur Barillas, PDG et co-fondateur du commissionnaire de transport Ovrsea, une start-up qui a rejoint le groupe Bolloré en 2021, constate que les moyens de transport les plus touchés par la guerre qui sévit en Ukraine, sont le ferroviaire et l’aérien.

L’interdiction du survol de la Russie et le bannissement des compagnies russes sont « une catastrophe pour le secteur», juge-t-il. «Les rotations concernaient surtout l’Europe occidentale et les Etats-Unis, rappelle Arthur Barillas. Ne plus survoler la Russie et l’Ukraine rallonge les trajets de 2 à 3 heures, ce qui engendre 15 tonnes de carburant en plus par avion et donc autant de capacité de transport de fret en moins, et un surcoût important en kérosène».

Les liaisons maritimes entre l’Asie et l’Europe occidentale ne sont, elles, pas affectées, car elles ne passent habituellement pas par les deux pays en guerre. Elles pourront même supporter quelques capacités supplémentaires, ce qui limitera quelque peu la hausse des tarifs.   Un effet contre-balancé par la paralysie des ports russes. « Les principales compagnies maritimes, MSC, Maersk, CMA CGM et Hapag Lloyd ont annoncé qu’elles ne touchaient plus les ports russes, hormis le chinois Cosco, prévient Arthur Barillas. Il faut donc s’attendre à de nouvelles hausses de tarifs».

Les routes de la soie à l’arrêt

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Le transport ferroviaire est totalement à l’arrêt notamment sur les routes de la soie. « Ce sont tout de même 500 000 conteneurs EVP (équivalent vingt pieds) par an qui sont acheminés par train depuis la Chine et vers l’Europe. Une société comme Décathlon est un des grands consommateurs de rail, qui va se reporter sur le maritime, analyse le patron d’Ovrsea. Ce qui ajoute des demandes supplémentaires alors que la situation est déjà tendue dans ce secteur».

Le grand perdant dans ce domaine est l’ex-Empire du milieu. « Les Chinois sont une victime collatérale de ce conflit. Un des piliers de la Chine moderne, ce sont les nouvelles routes de la Soie », considère Arthur Barillas. Et le sujet des relocalisations revenu en grâce avec la pandémie va devenir encore plus pregnant. « Cette nouvelle crise crédibilise les stratégies de relocalisation et deux pays européens pourraient être les vrais gagnants, la Pologne et le Portugal, en raison de leurs coûts de main d’œuvre».

Miser sur le temps long

Ovrsea qui travaille avec plus de 600 entreprises – Engie, Vinci, Devialet, Nuxe,… - conseille à ses clients de signer des contrats de longue durée pour éviter de subir les fluctuations à la hausse qui devraient intervenir et à nouveau bénéficier aux armateurs et surtout affecter les tarifs spots. « Avec la crise liée au Covid, on parlait d’une bulle qui allait rapidement éclater, mais la situation va durer et les armateurs vont continuer à enregistrer des années exceptionnelles. Mais il faut aussi se rappeler que pendant la crise financière de 2008, les compagnies maritimes ont connu des années catastrophiques avec des taux de fret négatifs. »

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