UTLC-ERA, le maillon eurasien des Routes de la soie dans le ferroviaire

Dans un entretien accordé à L'Usine Nouvelle, Alexeï Grom, le PDG d’UTLC-ERA, revient sur le rôle de cette compagnie ferroviaire, la première sur l'acheminement par rail de marchandises entre l’Asie et l’Europe de l’Est, comme un fil de trame des Routes de la soie.

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train UTLC-ERA
UTLC-ERA fait rouler 20 à 30 trains par jour.

La Route de la soie dans le ferroviaire est en plein essor. Les trains de 50 conteneurs de la compagnie UTLC-ERA auront acheminé en 2021 pour 50 milliards de dollars de marchandises entre l’Asie et l’Europe. Plus précisément, entre la Chine et la Biélorussie, le Kazakhstan et la Russie, majoritairement des pays de transit sur la route de l'Europe. La destination finale de plus de 98% des marchandises transportées ne se situe pas à la frontière avec la Pologne, où s'arrêtent les trains d'UTLC-ERA, mais bien dans les pays de l’Union européenne, cible privilégiée de la Chine de Xi Jinping.

Le 20 août, les chefs de gouvernement de la Russie, de la Biélorussie et du Kazakhstan ont signé une déclaration d’intention pour accélérer le développement du transit ferroviaire dans les États membres de l'Union économique eurasienne (UEEA). Ils ont annoncé un soutien particulier à UTLC-ERA (United Transport and Logistics Company - Eurasian Rail Alliance).

Russes, biélorusses et kazakhs dans un même train

"Cela fait plus de 30 ans que je travaille dans les chemins de fer et plus particulièrement dans le transport de marchandises, prévient Alexeï Grom, président du conseil d’administration et PDG de UTLC-ERA depuis 2018. La compagnie est un projet unique et novateur. Entre l’Asie du Sud-Est ou la Chine et l’Europe, les échanges commerciaux se font essentiellement par le transport maritime. Notre tâche principale est de transférer une partie de ces marchandises sur les rails pour développer ce secteur prometteur."

UTLC-ERA est une entreprise détenue à parts égales par les chemins de fer biélorusses, kazakhs et russes. Trois sociétés qui appartiennent à 100% aux Etats. En 2021, la reprise de la consommation a relancé le transport de marchandises. Alexeï Grom prévoit une croissance de 24 à 25 % cette année. Ce groupe de transport ferroviaire aura transporté plus de 700 000 conteneurs entre la Chine et les trois pays en 2021. En 2020, le volume de transport d'UTLC-ERA était déjà de 547 000 conteneurs standards, un volume en hausse de 60 % par rapport à 2019. UTLC-ERA emploie 150 personnes et réalise plus de 85% du trafic ferroviaire sur ces axes.

Alexei GromUTLC-ERA
Alexei Grom Alexei Grom

Alexeï Grom, PDG d'UTLC-ERA depuis 2018, était entré dans l'entreprise deux ans plus tôt.

"Tous nos itinéraires passent forcément par l’un des trois pays, explique Alexeï Grom. Certains passent par la Mandchourie, la Mongolie. Au départ, nous nous sommes développés sur les marchandises à forte valeur ajoutée. A l’époque le ferroviaire cherchait son marché. Les prix sont vingt fois moins élevés que dans l’aérien, mais trois fois plus que dans le maritime. Par contre, le train va trois fois plus vite que le bateau. La situation a changé, il y a des producteurs de plastiques et d’autres secteurs qui ont opté pour le rail."

20 à 30 trains par jour

Chaque jour, 20 à 30 trains de 50 conteneurs de 12 mètres circulent dans les deux sens. Les trains ne vont pas plus loin que la frontière polonaise, principalement en raison de l'écartement des voies qui diffère. Dans l’ex-URSS, il est de 1520 millimètres, contre 1435 millimètres dans la plupart des pays européens. L’opérateur ferroviaire eurasien n’a pas pour ambition - pour l’instant du moins – de prolonger ces opérations vers l’Atlantique. Il a des accords avec ses clients, le plus souvent des grandes entreprises européennes, qui viennent chercher les marchandises pour finir de les acheminer via des transporteurs européens.

Pour accélérer le développement d’UTLC-ERA, les trois Etats comptent sur une digitalisation accélérée de l’entreprise. Notamment, la mise en place d'une procédure UEEA (Union économique eurasienne) uniforme pour le transit de marchandises. Elle facilite et accélère déjà le dédouanement. Elle permet aussi de planifier la composition des trains et de rendre accessible aux clients la localisation de leurs produits durant le transport.

"Je vois que d’autres itinéraires se développent. L’axe Chine-Europe attire beaucoup d’acteurs, analyse Alexeï Grom, qui tient un discours très consensuel sur la crainte des Européens face à la stratégie chinoise. Bien sûr que la politique joue un rôle. On ne peut pas s’en passer. Mais c’est à nous de faire en sorte qu’ils utilisent cette Route de la soie, qu'ils y trouvent un intérêt économique. Il existe des idéologies différentes, mais le chemin de fer nous relie vraiment physiquement en Eurasie."

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