[L'instant tech] Elyse Energy industrialise la technologie BioTfuel abandonnée par TotalEnergies

Alors que les partenaires industriels du démonstrateur de production de carburant à base de biomasse BioTFuel boudent cette technologie, la start-up Elyse Energy a trouvé un moyen de passer à l’échelle industrielle. Une usine de 1 milliard d’euros est prévue à Lacq (Pyrénées-Atlantiques).

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BioTfuel
Le démonstrateur BioTfuel de production de carburant routier à partir de bois a été mené sur le site de Total à Dunkerque de 2010 à 2021.

«On ne sait pas fabriquer du biocarburant à base de déchets forestiers ou végétaux, aujourd’hui, à échelle industrielle», expliquait Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies lors d’une audition au Sénat le 5 avril dernier. «Sur Dunkerque, on a développé un projet BioTfuel, avec Avril et d’autres, qui consistait à prendre des déchets ligneux de forêts pour les transformer en fuel synthétique, développait-il. On a fait le pilote. Mais pour passer à 100 000 barils par jour, on m’a dit: "il faut ramasser tous les déchets ligneux de la moitié nord au-dessus de Paris". Mais comment va-t-on faire? On ne va pas mettre une noria de camions sur les routes. On se heurte à un problème de densité».  Un problème qu’une start-up, Elyse Energy, dit avoir les moyens de dépasser.

Une astuce crédible au point que, dans son discours du 16 juin à l’usine Safran de Villaroche (Seine-et-Marne) sur l’aviation verte, Emmanuel Macron a annoncé la construction d’une usine de production de carburants aériens durables (CAD) de 1 milliard d’euros basée sur cette technologie, dans le bassin industriel de Lacq (Pyrénées-Atlantiques). Une entreprise, BioTJet, a même déjà été créée pour opérer la future usine. Elle rassemble Elyse Energy et une partie des partenaires du consortium impliqués dans le démonstrateur BioTfuel : Avril, Bionext, Axens et IFP Investissements.  

Hybrider la technologie à l'hydrogène vert

«L’objectif de BioTfuel était de valoriser la biomasse dans ces carburants liquides routiers de 2e génération, rappelle Joël Derian, patron innovation du groupe Avril et président du consortium Bionext. Le démonstrateur a connu quelques retards, mais on a délivré des résultats très importants, qui ont permis de répondre à l’appel à projets sur les biocarburants avancés de France Relance. On l’a gagné et on a identifié dans Elyse Enegy un chef de file pour industrialiser ce projet.» Subventionnée à hauteur de 7,9 millions d’euros dans le cadre de l’appel à projets de l’Ademe (pour le développement d’une filière de production française de carburants aéronautiques durables) de France Relance, les études de faisabilité pour industrialiser ce procédé sont finalisées.

«Dès lors que l’on sort du monde du fossile, on a besoin de ressources primaires et on est confronté à la question du gisement disponible et des arbitrages à faire», reconnait aussi Pascal Pénicaud, président d’Elyse Energy. Pour passer à l’échelle la technologie BioTFuel, la start-up a eu une idée : l’hybrider à l’hydrogène. «Cela consiste à gazéifier des déchets et résidus forestiers, pour produire un syngas qu’on enrichit avec de l’hydrogène produit par électrolyse, explique Pascal Pénicaud à L'Usine Nouvelle. On vient ensuite le "processer" via le procédé Fischer Tropsch, pour produire du kérosène en bout de chaine.» Pour mémoire, le procédé chimique Fischer-Tropsch fait intervenir la réduction du monoxyde de carbone par l'hydrogène en vue de le convertir en hydrocarbure.

Electrifier pour réduire les intrants naturels

Grâce à cette hybridation, pour produire 110 000 tonnes de produit fini, dont 75 000 tonnes de CAD par an et des naphtas pour l’industrie chimique, Elyse Energy n’aura besoin "que" de 300 000 tonnes de résidus et déchets de bois par an. «Une quantité raisonnable», estime le président d’Elyse Energy, qui dit avoir «accès au gisement Nouvelle Aquitaine et Occitanie». Il lui faudra aussi produire 32 000 tonnes d’hydrogène vert, et donc consommer beaucoup d’énergie. «Mais si on n’avait pas électrifié une partie du processus, il aurait fallu deux fois plus de biomasse, argue-t-il. Cela minimise les prélèvements.»  Une solution qui séduit. «Nous sommes contents de voir que ce projet va avoir une vie industrielle avec une touche de modernité, en ajoutant un module hydrogène vert qui va booster cette technologie», commente Joël Derian.

Reste à concrétiser. «On a fait la première étape de qualification et de faisabilité et on a lancé la phase d’ingénierie, avec une finalisation prévue début 2024», explique Pascal Penicaud. Elyse Energy a aussi trouvé un terrain de 49 hectares sur la commune de Pardies, sur un ancien site de Yara France en dépollution, pour implanter son usine. En revanche, le plan d’approvisionnement en biomasse «n’est pas finalisé», précise le président. «On pourrait incorporer un peu de déchets de bois de classe, mais la majorité restera des résidus et déchets forestiers», estime-t-il. 

Le financement de l’usine, pour lequel Elsye Energy compte s’appuyer majoritairement sur les banques et les fonds d’infrastructure spécialisés dans ce type d’infrastructure, n’est pas bouclé non plus. La décision d’investissement finale ne sera prise «qu’entre 2025 et 2026», sachant que le projet complet d’Elyse Energy comprend aussi une unité de production d’hydrogène vert et une autre d’e-méthanol pour produire des carburants maritimes. «Ils seront tous dans le bassin de Lacq mais sur trois sites différents», explique Pascal Pénicaud. L’investissement total prévu est de 2 milliards d’euros.

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