Les Hauts-de-France, laboratoire des biocarburants de deuxième génération

Tout l'été, L'Usine Nouvelle fait le tour de France des champions industriels du biosourcé. Afin de réduire la concurrence entre usages alimentaires et énergétiques des matières agricoles, les producteurs des Hauts-de-France veulent valoriser les coproduits et les déchets pour les transformer en carburant.

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Gecco. produit du biocarburant à partir d’huiles de friture collectées auprès de 2200 fournisseurs locaux.

Dans les Hauts-de-France comme ailleurs, la guerre en Ukraine ravive un vieux dilemme : faut-il limiter les usages non alimentaires des productions agricoles ? Des tensions peuvent apparaître entre la culture de protéines à usage alimentaire, dont la région veut être l’un des leaders européens, et la production de biomasse dans un contexte de pénurie, touchant notamment l’huile de tournesol, et de flambée des cours. Pour éviter toute critique et bien avant la crise ukrainienne, Gecco a tranché.

Installée à Avelin (Nord), l’entreprise produit du biocarburant à partir d’huiles de friture. « Dès 2007, au moment de sa création, il a été décidé qu’aucune huile destinée à l’alimentation ne serait utilisée, précise Alicia Bachelet, chef de projet. Notre biocarburant se révèle intéressant sur le plan environnemental. Un biodiesel issu à 100 % d’huile alimentaire usagée génère 95 % de gaz à effet de serre en moins qu’un carburant classique sur tout son cycle de vie. Et on enregistre 63 à 65 % d’émissions de particules fines en moins au pot d’échappement. »

Ce biodiesel est produit à partir d’huiles de friture usagées récupérées auprès des restaurateurs, industriels, Ehpad, écoles, lycées et collectivités, soit un réseau de 2 200 établissements. Avec un litre d’intrant, on obtient 0,9 litre de biocarburant. Une solution locale, en circuit court, difficile à dupliquer à grande échelle. « Notre outil est dimensionné pour gérer les déchets au niveau de la région. Notre unité de valorisation tient en trois conteneurs, indique Alicia Bachelet. Nous la proposons aux entreprises et aux collectivités qui ont leur propre station essence. Par rapport à la quantité que l’on peut produire, liée au gisement du déchet existant sur le territoire, cela n’aurait pas de sens de penser un usage individuel. »

Le projet Futurol, lancé en 2008, a pour objectif de développer une filière de biocarburants ou d’agrocarburants de deuxième génération en Europe. Il vise le développement d’un procédé de production de bioéthanol à partir de la biomasse cellulosique. Là encore, les Hauts-de-France sont en première ligne. « Le groupe Tereos est engagé depuis le début dans ce projet de recherche partenariale porté par un consortium de 11 acteurs. Notre site de Bucy-le-Long, dans l’Aisne, avait été retenu pour l’implantation du prototype industriel. Nous attendons désormais la liste des matières premières et sous-produits autorisés par la réglementation », souligne Anne Wagner, la directrice R & D de Tereos.

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Faire décoller le biokérosène

Le bioéthanol réduit d’environ 60 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport à l’essence et présente un bilan énergétique global deux fois supérieur. Produit à partir des substrats et résidus de matières agricoles, il constitue un champ de R & D majeur pour Tereos. L’entreprise fabrique 30 % du bioéthanol français, notamment dans son usine d’Origny-Sainte-Benoite (Aisne). « Nous sommes à la recherche constante d’innovations qui permettent de valoriser au mieux les matières premières agricoles, pour un meilleur équilibre économique pour l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’agriculteur au consommateur », déclare Anne Wagner. Le travail de recherche a notamment porté sur les enzymes, pour limiter le recours à des solvants et réactifs chimiques.

Projet phare sur le territoire des Hauts-de-France lancé il y a dix ans, BioTfuel, destiné à la production de biocarburant aérien, a terminé ses tests en 2021. Les sites de prétraitement chez Avril à Venette (Oise) et de gazéification chez Total­Energies à Dunkerque (Nord) sont désormais à l’arrêt. « Ces unités ont généré des quantités de données et d’échantillons dont l’analyse est en phase terminale », indique Laurent Bournay, le directeur de Bionext, pilote du projet avec l’Ifpen et sa filiale Axens, entre autres. Ce qui est sûr, c’est que la technologie permet de fabriquer un biocarburant de deuxième génération, et notamment du biokérosène, à partir de résidus agricoles et forestiers, sous-produits de l’agriculture ou de l’industrie forestière. Conçu pour l’aéronautique, il pourrait également servir au transport routier ou ferroviaire. « Il a fallu s’adapter aux spécificités des impuretés de la biomasse qui ne sont pas connues de ce type d’industries, précise Laurent Bournay. Il n’existait pas sur le marché de procédé pour la torréfaction de biomasse à grande échelle. On a pris des technologies proches et on les a adaptées. » Cette première mondiale a permis de valider le procédé de production. Axens compte le commercialiser cet été.

L'idée biosourcée : L’Aisne mise sur la paille

La chambre de commerce et d’industrie (CCI) de l’Aisne a réussi à structurer, avec ses partenaires, une filière de matériaux biosourcés autour de l’entreprise Activ’Paille, installée en 2021 à Itancourt. La paille valorisée en construction provient essentiellement de la culture du blé. Le volume théorique mobilisable permettrait de construire 170 000 bâtiments. Activ’Paille produit des panneaux préfabriqués à partir de matériaux régionaux, aussi bien destinés aux maisons individuelles qu’aux bâtiments industriels et tertiaires en passant par les logements collectifs. « Les premiers chantiers de maisons individuelles ont déjà eu lieu, avec trois salariés. Cinq autres sont prévus d’ici à la fin de l’année. Nous allons ouvrir une ligne de production et passer de 1 500 à 8 000 m2 de locaux à Nesle dédiés à l’ossature bois en isolation paille », se réjouit Arnaud Delobel, le cofondateur et président d’Activ’Paille, qui prévoit de faire passer sa capacité de production de 20 000 à 70 000 m2 en août. « Ici, beaucoup de bâtiments sont en brique et en pierre, avec des ponts thermiques, souligne Sylvie Henrion, la directrice de la CCI de l’Aisne. Les matériaux comme la paille sont adaptés pour la rénovation. C’est de l’économie circulaire. »

 

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n°3708-3709 - Juillet-Août 2022

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