Ce n’est pas un garage, mais l’imaginaire n’est pas loin. En visioconférence depuis sa cuisine, aux Etats-Unis, Luc Leroy présente sa start-up, Full Speed Automation. Sur sa table, la maquette d'une ligne de production lui permet d'illustrer son propos. Non loin des casseroles suspendues, l’homme arrange un petit moteur, une colonne lumineuse, un bouton d’arrêt d’urgence et un scanner… En quelques clics, il programme l’ensemble sur un écran numérique, attribuant à chaque élément des fonctions – arrêt automatique, contrôle visuel, redémarrage ou alerte selon la conformité des pièces – pour démarrer une ligne de contrôle qualité automatique, en modèle réduit.
Pourquoi cette démonstration ? «Dans une usine, cette opération nécessiterait une ou deux journées de code et d’intégration par un ingénieur spécialisé. Notre objectif est de permettre d’aller bien plus vite», explique Luc Leroy à L’Usine Nouvelle. L’homme en sait quelque chose : avant de cofonder Full Speed Automation, une start-up d’automatisation “no-code” – simple et intuitive – il était chargé d’automatiser la fabrication de la Tesla Model 3. Donc de régler ce qu’Elon Musk avait appelé “l’enfer de la production” dès 2017.
Une tâche «difficile, avec des longues journées et des nuits assez courtes», se souvient l’ingénieur informatique, qui l'a conduit à sa nouvelle aventure : développer un outil pour simplifier la programmation des lignes de production industrielle, pour permettre des améliorations et des modifications rapides. «De la même manière qu'un smartphone est mis à jour quotidiennement», prévoit-il.
Simplifier l'automatisation
De sa plongée au milieu des robots, des automates programmables industriels (API) et de l'inter-connectivité chez Tesla, Luc Leroy a tiré deux constats. D’abord, qu’à l’exception de quelques usines modèles au Japon et en Allemagne, l’industrie 4.0 n’est pas encore là. Sans avoir non plus la facilité avec laquelle nos appareils numériques quotidien se règlent. Ensuite que pour résoudre les problèmes d’automatisation ou modifier les procédés, «tout le monde n’a pas les moyens de faire comme Tesla et de mobiliser des centaines d’ingénieurs qualifiés, qui n’ont d’ailleurs pas forcément envie d’être dans les usines».
De quoi le convaincre de co-fonder avec le français Hugues Gontier Full Speed Automation. Cette start-up franco-américaine née en 2020 développe Vitesse : «une plateforme qui veut donner à tous la capacité de mettre en place rapidement une ligne de production, sur laquelle il sera simple d’opérer des modifications et d’interconnecter les machines», résume Luc Leroy.
Flexibiliser la production
Concrètement, Vitesse opère comme une "surcouche d’abstraction". Au-dessus de la programmation des machines individuelles par des API, elle permet de connecter toute l’usine et d'en gérer les procédés via une interface graphique homme-machine simple d’utilisation, affirme la start-up. Dans la mouvance du “no-code”, les “glisser-déposer” d'icônes et de commandes compréhensibles viennent remplacer les lignes de code pour donner des instructions aux machines. De quoi simplifier l'automatisation des usines, neuves comme existantes, et en doper la flexibilité. Cela quelles que soient les machines et les systèmes de contrôle présents, prévoit Full Speed Automation, qui cite en premier lieu ceux des géants allemands Beckhoff et Siemens.
Un travail complexe, qui nécessite notamment d’intégrer les caractéristiques de chaque élément dans le logiciel de la start-up pour que ce dernier puisse traduire les instructions des opérateurs en lignes de code compréhensibles par les robots. A terme, cette ligne de contrôle virtuelle devrait aussi permettre d’identifier aisément les tâches simples faciles à automatiser, comme celles plus complexes pour lesquelles l’intervention humaine reste indispensable.
Laboratoires en France
La jeune pousse a levé 2,6 millions d’euros (3,2 millions de dollars) en mars 2021, dans un tour de table mené par le Hardware Club (HCVC), un fonds d'investissement français spécialisé dans les start-up hardware. Parmi les investisseurs se retrouvent plusieurs fonds français parmi lesquels Serena Capital, Diaspora Venture ou encore le fonds de Xavier Niel, Kima Ventures. Pour l’instant, Full Speed Automation compte sept collaborateurs aux Etats-Unis, où elle affirme avoir des projets pilotes avec différents fabricants de véhicules électriques.
La start-up souhaite aussi s'implanter dans l'Hexagone, où elle prévoit une quinzaine d'embauches dans l'année. «Nos labos seront en France, car c’est en Europe que se passe la bataille de l’industrialisation moderne, et que les embauches y sont moins chères que dans la Silicon Valley», explique Luc Leroy. Sans s'épancher, il affirme avoir déjà «un projet pilote qui doit débuter au mois de juin en France». L'occasion de prouver que le "no code" pourra vraiment répondre aux exigences industrielles.



