[L'instant tech] Comment Siemens aide Ynsect à automatiser sa production d’insectes

Ynsect s’est tourné vers Siemens pour bâtir sa ferme verticale d’insectes. Fortement robotisé et automatisé, le site Ynfarm situé près d’Amiens doit produire jusqu’à 200 000 tonnes d’ingrédients par an.

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Ynsect
Le site de Dole, première ferme verticale d’Ynsect, est en fonctionnement depuis 2016.

Ynsect, spécialiste de l’élevage d’insectes pour l’alimentation animale, s’est tourné vers Siemens dès 2017. L'objectif de leur collaboration: cultiver ces insectes dans une ferme verticale fortement automatisée. C'est le cas de sa nouvelle usine Ynfarm (située dans la Somme), qui doit produire jusqu’à 200 000 tonnes d’ingrédients par an (engrais, protéines et huile). Elle est structurée autour de huit ateliers, dont la moitié est déjà en fonctionnement, et 110 salariés. La mise en service complète est prévue pour cet été.

15 à 20 fournisseurs de machines

Après un premier démonstrateur à Dôle, dans le Jura, pour vérifier la viabilité de l’industrialisation de la culture d’insectes, Ynsect s’est lancé dans la mise sur pied d’une grande ferme verticale à Amiens. La collaboration avec Siemens a aidé la start-up «à définir ses besoins et les exprimer dans un cahier des charges», relève Antoine Hubert, CEO d’Ynsect. Ces besoins ont été exprimés en standards, afin d’équiper au mieux cet espace de 45 000 mètres carrés et 36 mètres de hauteur. L’usine Ynfarm reprend une partie des machines et process mis au point à Dôle. «La partie mécanique est très proche», souligne Antoine Hubert. Même si certains fournisseurs de machines ont changé, les solutions sont similaires. Et aucun nouveau procédé n’a été mis au point.

L’usine verticale peut être perçue comme «un grand centre logistique», résume Sébastien Peynet, directeur développement industries manufacturières chez Siemens. Concrètement, le site comprend des bacs avec des insectes qui se déplacent tout le long de leur cycle de vie sur différents postes pour l’alimentation, le développement, la reproduction et la collecte. 

La plus grande évolution concerne la gestion complète de l’automatisme et le suivi des données. Avec un objectif fixé dès le départ: tout connecter dans l’usine et faire communiquer entre elles les technologies de façon native. Une gageure face au «changement d’échelle» que représente le nouveau site, note Antoine Hubert. Le site d’Amiens est équipé de machines provenant de 15 à 20 fournisseurs différents, dont il a fallu uniformiser les composants. Une même technologie a ainsi été utilisée pour interconnecter tous les sous-ensembles du process. A ce niveau, Siemens a participé à imposer un standard à l’ensemble des fournisseurs de machines, notamment pour assurer la cybersécurité de l’usine via une segmentation des réseaux des machines.

Un milliard de données collectées par jour

De l’alimentation des insectes à la récole, un milliard de données sont collectées chaque jour dans l'usine d'Amiens. Mais toutes ces informations ne sont pas utilisées en temps réel. «Il y a une granularité importante dans l’utilisation des données», explique Sébastien Peynet. Certaines sont utilisées rapidement, pour vérifier que les conditions de culture adéquates sont réunies, quand d’autres sont analysées à un horizon de temps plus large. Ynsect garde la main sur l’analyse plus poussée des données et entend utiliser des technologies d’intelligence artificielle pour mieux comprendre comment les insectes évoluent, optimiser la production et gérer les risques.

Si Siemens a l’habitude de travailler dans l’industrie agroalimentaire, le travail avec Ynsect comporte une particularité: la manipulation du vivant. Une attention toute particulière a été portée au suivi des températures et des émissions de CO2. Plutôt que d'inventer de nouveaux process, les partenaires ont préféré s’appuyer sur les technologies existantes, en les appliquant aux insectes. Ils ont pu s'inspirer d’autres secteurs industriels comme la culture du ver à soie, bien que celle-ci reste encore très largement manuelle, ou des champignonnières où du vivant est également cultivé dans des plateaux.

Derrière la volonté d'automatisation d’Ynsect, la quête de flux de production plus important, mais pas seulement. «L’automatisation change le rapport au travail et aux enjeux de pénibilité», ajoute Antoine Hubert. Si la réindustrialisation de la France est souvent évoquée, attirer des salariés en usine n’est pas toujours une tâche aisée. Ynsect entend justement mettre en avant la robotisation et l’automatisation de son usine pour compenser le manque d'attractivité du secteur. Près de 40% de ses effectifs sont des femmes sur son site de Dôle. Mais trouver les bonnes compétences est d’autant moins évident que la culture d’insectes pour l’alimentation est un secteur nouveau. Ynsect a donc décidé d’ouvrir sa propre école des métiers pour compléter la formation des salariés. Les modules varient d’une semaine jusqu’à deux mois selon les postes. L’occasion de fédérer les employés et faciliter les échanges.

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