Stop au greenwashing dans le digital. Ce n’est pas parce que les géants du numérique signent à tour de bras des contrats d’approvisionnement en électricité éolienne et solaire dans le monde pour atteindre la neutralité carbone, que la chaleur dégagée par les datacenters puisse être récupérée pour chauffer la piscine du coin, leur consommation optimisée et que le logiciel est un allié certain de l’efficacité énergétique, que le digital a résolu son problème d'empreinte climatique. Les datacenters et supercalculateurs restent tous très énergivores. Pour les scientifiques, notamment, cela pose un problème quasi éthique de participer au réchauffement climatique par leur utilisation toujours plus massive de ressources de calcul.
Alimentation autonome 100% renouvelables
Il y aurait pourtant une solution pour effacer l’empreinte carbone des centres de données et supercalculateurs : l’hydrogène vert, produit par électrolyse à partir d’eau et d’électricité d’origine renouvelable hydraulique, éolien ou photovoltaïque, et qui peut stocker cette dernière à plus long terme que des batteries lithium ion et à un coût compétitif. C’est une des solutions la plus verte pour palier à l’intermittence des renouvelables. Un tel système d’alimentation d’un datacenter peut même être totalement autonome, promet le bureau d’étude Hydrogène de France (HDF Energy), qui va installer une centrale électrique solaire hydrogène en Guyane en 2022, et travaille sur des projets de centrales hydrogène sur des îles d’Indonésie et au Mexique.
Décarboner les supercalculateurs des scientifiques
Une centrale électrique solaire hydrogène serait par exemple parfaite "pour alimenter le futur supercalculateur du projet de télescope géant de 1 km², le Scare Kilometer Array ou SKA d’Afrique du Sud, conçu par un consortium scientifique international pour étudier la naissance de notre Univers, et qui va générer quotidiennement des hexaoctets de data qu’il devient hors de question d’envoyer par fibre optique à l’autre bout du monde pour être traitées", explique Jean-Marc Denis, de la direction recherche et développement d’Atos.
Alimenter un datacenter à l’hydrogène dans des zones où l’électricité est chère et très carbonée, comme dans le nord de l’Italie, aurait aussi du sens, explique l’expert d’Atos. Mais pour que ce type de centrale électrique renouvelable soit rentable économiquement, elle doit être dimensionnée au mieux, notamment au niveau du système hydrogène qui comprend des électrolyseurs, du stockage et des piles à combustible de forte puissance."On parle de consommations de 1 à 10 MW", explique Sylvain Charrier, directeur du développement outremer de HDF Energy, Mais l’usage des équipements doit aussi pouvoir être modulé en fonction non pas du prix de l’énergie, comme Atos y réfléchissait depuis dix ans, mais de la puissance électrique disponible.
Optimiser les coûts
Et c’est là que le savoir-faire d’Atos en matière d’intelligence artificielle va servir. Grâce à ses outils et d’apprentissage profond, ou deep learning, l'entreprise numérique va pouvoir piloter au mieux la production et le stockage des centrales électriques hydrogène conçues par HDF Energy en fonction de données externes, comme les prévisions météorologiques, mais aussi de ce qu’il aura appris de l’usage des équipements de calculs afin mieux répartir les charges de calcul dans le temps. Une contrainte pour les scientifiques et utilisateurs, qui seront obligés d’accepter parfois de décaler des travaux, mais qui aura un impact économique et écologique important. Atos et HDF Energy annoncent qu’ils mettront en service le premier datacenter à l’hydrogène dès 2023, mais sans révéler encore où ni pour qui.



