De l’énergie consommée par les serveurs qui analysent et stockent nos données numériques à celle mobilisée pour les refroidir, l’impact environnemental des centres de données est désormais bien connu. Selon l’Agence internationale de l’énergie, ces centres névralgiques du numérique consommaient 198 Twh d’électricité en 2018, soit 1% de la demande mondiale. Un chiffre qui pourrait être amené rapidement à augmenter avec l’explosion des services digitaux, craignent de nombreux scientifiques. C’est pour prévenir ce scénario catastrophe que 25 acteurs européens de l'infrastructure cloud (les serveurs) et des datacenters (les bâtiments qui les hébergent) ont annoncé le 21 janvier 2021 s’engager pour la neutralité carbone de leurs services d’ici 2030.
Autorégulation
Intitulée “Pacte pour des centres de données climatiquement neutres” (CNDCP selon l’acronyme anglais), l’initiative est portée par 17 associations (dont la Cispe pour les fournisseurs de services cloud et l’Eudca pour les centres de données) et a été conçue en collaboration avec la Commission européenne.
Pour assurer le respect des engagements pris, le pacte mise sur l’autorégulation mais prévoit un suivi bisannuel par la Commission européenne des engagements des parties prenantes au Pacte. "Si une entreprise n'atteint pas les objectifs qu'elle a déclarés, elle sera retirée du registre publique et l'ensemble des associations professionnelles signataires s'engagent à l'exclure", explicite néanmoins le directeur industrie d'OVHCloud, François Sterin.
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Parmi les industriels signataires se retrouvent deux des trois géants du domaine, AWS (Amazon Web Services) et Google. Une multitude d’acteurs français et européens, qui “représentent les plus importants acteurs du secteur de l'infrastructure cloud et des centres de données en Europe” selon le communiqué de presse diffusé, sont aussi engagés dans l’initiative. Citons notamment 3DS Outscale (Dassault Systèmes), Atos, Data4, Equinix, Interxion, OVHCloud, ou encore Scaleway.
Énergies décarbonées et réemploi
A l’exception de la mention de la neutralité carbone, le Pacte ne précise pas d’objectifs chiffrés relatifs au changement climatique mais plutôt une série de cibles techniques. Pour s’attaquer aux émissions issues de l’électricité qu’ils consomment (le scope 2 du bilan carbone), les acteurs du secteur s’engagent à s’alimenter à 100% à partir de sources décarbonées d’énergies d’ici 2030 (75% d’ici 2025). La formulation utilisée n’exclut toutefois pas l’usage de certificats, compensant l'usage d'électricité carbonnée
Autre progrès : les acteurs de l’infrastructure cloud s’engagent à privilégier le réemploi, la réparation et le recyclage de leur serveurs usagés. L’objectif étant de revaloriser l’ensemble de leurs serveurs sous une forme ou une autre en privilégiant le réemploi et la réparation, stipule le Pacte. Sans toutefois mentionner de date pour atteindre cet objectif.
Alors que la fabrication des équipements informatiques représente plus de la moitié des émissions du secteur, cet engagement est à saluer comme une première étape dans la diminution des émissions indirectes du cloud (le scope 3), qui prend en compte l’ensemble du carbone généré par une activité, de la fabrication des composants qu’elle mobilise (les serveurs et les murs) aux effets des usages qu’elle permet. “Introduire un objectif fort sur le recyclage est une manière de réduire le scope 3”, explique ainsi François Sterin, alors qu'OVHCloud s’est récemment engagé à porter à zéro l’impact de la fabrication de ses processeurs d’ici 2030.
Eau, électricité… Des objectifs environnementaux plus larges
Au-delà de l’empreinte carbone stricto-sensu, les signataires visent aussi à diminuer les impacts de leurs services. Le Pacte prévoit ainsi de favoriser la récupération de la chaleur fatale émise par les datacenters ainsi que de diminuer leur consommation d’eau. Autre objectif technique : les signataires s’engagent à améliorer l’efficacité énergétique de leurs infrastructures et du refroidissement de leurs serveurs. Par exemple, les centres de données neufs construits à partir de 2025 ne devront pas utiliser plus de l’équivalent de 30% de la consommation électrique annuelle des processeurs pour refroidir ces derniers, stipule le Pacte. Dans les climats les plus chauds, ce taux (désigné sous le terme de PUE) pourrait grimper à 40%.
Les signataires prévoient par ailleurs de mettre au point un nouvel indicateur d’efficacité énergétique du cloud pour prendre en compte la consommation électrique globale des centres de données. Ce qui pourrait favoriser l’achat d’équipements performants et basse consommation.
Si cet ensemble de solutions technologiques a fait ses preuves pour contenir l’empreinte du numérique jusqu’ici, il faudra voir s’il suffira à atteindre dans les faits la neutralité carbone du monde du cloud d’ici 10 ans. Pour laquelle les signataires auront peut-être besoin d’avoir recours à des méthodes de compensation. Comme souvent, le suivi des engagements sera déterminant.



