[L’instant tech] ArcelorMittal, Acome, ABB… La 5G industrielle en cas pratiques

Lors d’un événement organisé au ministère de l'Economie, plusieurs industriels sont venus partager leurs retours d’expérience sur l’installation de réseaux 5G dans leur activité. ArcelorMittal, Acome, ABB et le CEA... L’Usine Nouvelle dresse un panorama de cas d’usages concrets et variés de cette technologie.

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Site ArcelorMittal de Dunkerque
Le site d'ArcelorMittal Dunkerque, où a été déployé le plus grand réseau 5G privé de France.

Pas en retard, mais pas en avance non plus. Six mois après la remise d’un rapport sur la 5G et l’industrie en France, le constat est toujours le même: des cas d’usages émergent, mais l’adoption massive se fait encore attendre. Lors d’un événement organisé au ministère de l'Economie à Paris, le 12 octobre, plusieurs industriels sont venus présenter leurs premiers pas avec cette technologie. Pour peut-être faire naître des vocations chez d’autres.

«Si les entreprises veulent en tirer un avantage compétitif, il faut accélérer et massifier les expérimentations sur la 5G industrielle, prêche Marc Jamet, le «monsieur 5G» de la Direction générale des entreprises (DGE). La 5G promet de révolutionner l’industrie en permettant de nombreux usages innovants: robots sans fil, pilotage de la production, optimisation logistique, production plus verte…» Tour d’horizon de ces potentielles révolutions en quatre exemples concrets.

ArcelorMittal: le plus grand réseau privé de France

C’est tout simplement «le plus grand réseau 5G privé de France» qui a officiellement été mis en service le 13 octobre sur le site d’ArcelorMittal à Dunkerque (Nord), présente David Glijer, directeur de la transformation numérique du groupe en France. Déployées sur le site de plus de 20 kilomètres carrés, les huit antennes du consortium 5G Steel (ArcelorMittal, Orange Business Services et Ericsson) servent d’ores et déjà deux usages.

D'abord, à faciliter l'accès aux données provenant des nombreux capteurs qui équipent le train continu à chaud de l'aciériste, mesurant deux kilomètres de long. «La 5G permet à un opérateur de maintenance d’avoir les informations juste à temps, sur place, et même d’appeler un expert à distance, en vidéo voire avec un casque de réalité virtuelle», précise David Glijer. Autre aspect: la possibilité de tracer l’approvisionnement d’acier recyclé qui sera progressivement introduit dans la production de l’aciériste, jusqu’à atteindre 25% de la production. «L’utilisation massive d’acier recyclé, plus d’un million de tonnes, passe par la mise en place d’une nouvelle filière, explique David Glijer. Tout ceci ne pourrait pas se faire sans la 5G.»

Ces projets vont en appeler d’autres. ArcelorMittal envisage notamment d’automatiser les trains qui circulent sur les plus de 40 kilomètres de voies ferrées du site. Et de développer sur le site des camions autonomes, des drones de surveillance… Avant d’exporter la 5G sur d’autres sites, notamment Mardyck (Hauts-de-France) et à Florange (Grand Est).

Chez Acome, des usages variés du capteur au drone

«La couverture en wifi de notre site montrait des points de faiblesse, c’était un vrai caillou dans notre chaussure», introduit Aurélien Bergonzo, directeur innovation et technologie du fabricant de câbles Acome. Dès fin 2021, l’entreprise démarre l’équipement de son site de Romagny (Manche) en partenariat avec l’opérateur Alsatis. «Un travail très opérationnel, avec de premiers déploiements fin 2022», relate le responsable.

«Nous avons regardé la question via les cas d’usage: la technologie 5G n’est pas une fin en soi, précise Aurélien Bergonzo. Celui avec le retour sur investissement le plus évident concerne la connexion des machines, avec beaucoup de capteurs, pour améliorer la maintenance et gagner de la disponibilité machine.» La faible latence et le haut débit laissent aussi envisager des communications entre AGV, mais aussi leur contrôle par des opérateurs.

Déjà, l’entreprise cherche de nouveaux usages à la 5G, notamment l’usage de drones à des fins d’inventaire, d’inspection de sécurité, de détection d’accident… «Là, les retours sur investissement ne sont pas aussi évidents, mais nous sommes convaincus qu’ils seront là», assure le responsable.

Pour ABB, un changement d'ère

Chez le fabricant d'automates ABB, la 5G ouvre la voie à la reconception de ses robots sans fil. «Ils ont été développés pour fonctionner en wifi, mais nos clients sont tombés sur les limites intrinsèques de ce protocole», raconte Sébastien Meunier, vice-président relations institutionnelles France de l’entreprise suédo-suisse. Les coupures entre les bornes et la saturation du réseau sont notamment problématiques. «Nous avons donc engagé une transition du wifi vers la 5G, avec des travaux de R&D lancés depuis deux ans», détaille-t-il.

Les gains en latence devraient notamment permettre de consolider l’environnement dans lequel évoluent les robots, afin d’optimiser «le bon niveau d’informatique à embarquer», relate l’expert. «Nous devons embarquer de l’informatique – des algorithmes et des données – dans les robots, précise-t-il. Si nous n’avons pas d’architecture adaptée, nous sommes obligés d’en embarquer un maximum, mais nous ne voulons pas de datacenters sur roulettes!»

Le CEA prépare la téléopération

Au CEA, la 5G s’envisage comme «un soutien aux technologies immersives à usage industriel, comme la réalité virtuelle mais aussi le retour d’effort haptique», présente Christophe Janneteau, chef de service au CEA-List. Le laboratoire s’est ainsi penché sur un scénario de «téléopération robotique mobile à retour d’effort pour réaliser des tâches de manipulation fine dans des environnements difficiles», détaille-t-il. En clair: un robot contrôlé à distance.

«L’idée est d’avoir un AGV doté de deux bras robotiques équipés de préhenseurs, croque Christophe Janneteau. A distance, un opérateur équipé d’un casque de réalité virtuelle, de bras esclaves et de gants haptiques pour avoir un retour d’effort très précis.» Ici, explique l’expert, «l’enjeu premier est la latence, qui doit rester de l’ordre de quelques millisecondes». A cela s’ajoute un autre avantage de la 5G: la possibilité d’utiliser différentes bandes de fréquence, qui permet d’assurer la communication même dans des environnements difficiles.

Pour l’instant limitée à une installation simple – un seul bras robotique, avec un opérateur situé non loin – l’expérimentation «arrive déjà à des latences d’une dizaine de millisecondes qui permet de répondre à certains cas d’usages», félicite Christophe Janneteau, qui envisage déjà l’ajout d’un second bras à son robot. 

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