Etude

L'ingénierie française toujours mise à mal par la crise du Covid

Syntec Ingénierie, la fédération syndicale des professionnels de l'ingénierie, a publié son baromètre économique de la profession durement frappée par la crise du Covid. Baisse des commandes, fonte de la trésorerie et retard  des paiements... L'Usine Nouvelle publie les données chiffrées de ce secteur mis à mal ainsi que l'éclairage de Pierre Verzat, président de Syntec Ingénierie.

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Pierre Verzat
Pierre Verzat, président du Syntec Ingénierie, la fédération de la profession des ingénieurs en France.

Syntec Ingénierie, l’organisme fédérateur de la profession des ingénieurs en France, a publié son baromètre économique pour septembre 2020. La profession emploie en 2019 en France 312 000 personnes et réalise 47,5 milliards d’euros de chiffres d'affaires.

Une relance à la traine et des difficultés de trésorerie

En dépit de la réouverture des chantiers et de la reprise des appels d’offres, le Syntec souligne que plus d’une entreprise d’ingénierie sur deux n’a pas encore vu de redémarrage économique. Le rapport ajoute que les deux tiers d’entre elles souffrent toujours d’une baisse des commandes. Illustration de cette faible activité : les équipes restent sous-occupées avec 47% des entreprises sondées qui travaillent à 100% et 7% de l’effectif toujours en chômage partiel.

La fédération des syndicats alerte également sur le niveau de trésorerie tendu des entreprises d’ingénierie : un tiers est confronté à des allongements des délais de paiement.  La part des entreprises concernées par des délais de plus de 30 jours ne cesse d’augmenter depuis le début de la crise passant de 7% à 11% puis 15% entre mars, juin et aujourd’hui.

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Le bouleversement de l’ingénierie automobile et aéronautique

Sans surprise, c’est au sein de l'auto et de l'aéro que la crise a le plus durement frappé. La moitié des 40 000 ingénieurs sont en situation précaire car entre 80% et 90% des projets de développement stratégiques de grandes entreprises comme Renault ou Airbus demeurent à l’arrêt.

Cependant dans l’automobile, bien que la crise ait mis un terme aux projets liés au thermique, elle a également fait bondir ceux liés à l’hydrogène et à l’électrique conduisant ici à une tension sur les ingénieurs disponibles dans ces deux domaines. Pour Pierre Verzat, président du Syntec Ingénierie, cette mutation impliquera de savoir reconvertir toute une profession formée au thermique vers ces nouvelles technologies encore en besoin de recherche. "20 000 cerveaux en danger signifie 20 000 cerveaux disponibles, affirme-il. Les ressources sont là."

Les solutions pour relever le secteur

Pierre Verzat liste trois solutions pour aider le secteur de l’ingénierie à se relever. D'abord investir et ne plus avoir peur de la crise sanitaire. Et de citer Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, qui affirme que le jour où l’on aura surmonté le coronavirus ne sera forcément pas celui où on aura trouvé un vaccin, mais celui où on aura appris à vivre avec. A cet égard, la reprise de l’activité économique serait conciliable avec l’assimilation des gestes barrières, du port du masque, etc.

Deuxième priorité  : faciliter les procédures administratives des appels d’offre pour absorber la vague des 100 milliards d’euros injectés dans l’économie. "Sans cela, dans deux ans, nous serons à peine en train de répondre à des appels d’offre" ajoute-t-il en invitant à aller plus loin que les premières opérations coups de poing déjà réalisées pendant le confinement, comme la hausse des seuils d’appel d’offre de 25 000 € à 40 000 € ou encore la délégation de compétences aux préfets ou aux autorités régionales.

Enfin, le président de Syntec Ingénierie rappelle la nécessité de ne pas oublier les jeunes. D’une part avec les formations aux nouveaux métiers et d'autre part en soutenant le recrutement. "Si l'on parle de nouvelles technologies de pointe, ce sera un aspirateurs à jeunes talents qui auront déjà suivi des formations dans ces domaines qui n'existaient pas il y a dix ans", ajoute Pierre Verzat.

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