Tribune

[Sauver l'industrie] Pierre Veltz, ingénieur et économiste : "Comblons le fossé entre French Tech et French Fab"

L’Usine Nouvelle lance "l’appel des 30 pour sauver l’industrie". Pendant 30 jours, une personnalité propose une mesure. Aujourd’hui, Pierre Veltz, ingénieur, économiste et sociologue, auteur de "Saclay, genèse et défis d'un grand projet" (Parenthèses, 2020), plaide pour que des dispositifs encouragent les jeunes ingénieurs à mettre leurs compétences au service des PME et ETI industrielles.

Pierre Veltz
Pierre Veltz, ingénieur, économiste, a dirigé l'établissement public Paris-Saclay.

[Découvrez ici "L'appel des 30" initié par la rédaction de L'Usine Nouvelle]

"Le plan de relance veut concilier l’amortissement de la crise et l’amorce d’une réorientation stratégique vers les industries d’avenir. On peut contester les dosages et les montants, mais il n’y a guère d’autre choix. La clé du succès, toutefois, n’est pas d’abord financière. Elle est dans la mobilisation de la jeunesse. La reprise industrielle qui s’était dessinée avant le Covid avait déjà buté sur cet obstacle : de grandes difficultés de recrutement, une image profondément dévalorisée de l’industrie chez les jeunes. Aujourd’hui, les entreprises ont sauvegardé leurs liquidités et même engrangé des réserves. L’urgence est de mobiliser ces liquidités oisives, de réinvestir pour faire repartir la machine (en espérant que les ménages, côté demande, puiseront aussi dans leur énorme épargne).

Mais le défi est surtout de ne pas laisser sur le carreau les 20-30 ans qui redoutent à juste titre d’être les grandes victimes de la crise. A court terme, embaucher des apprentis et de jeunes salariés est une responsabilité sociale pour les entreprises. A moyen terme, c’est l’investissement décisif pour l’avenir. On parle de digitalisation, d’industrie 4.0. Or les PME et les ETI sont souvent démunies pour cela. Les consultants sont l’arme au pied, mais il faut que le mouvement soit piloté par les industriels. On parle de la transition écologique. Seule la nouvelle génération portera cette mutation culturelle, vitale pour l’avenir même de l’industrie.

Ces sujets ne sont pas absents (plan jeunes, formation). Mais leur caractère central n’est pas assez souligné. Une proposition complémentaire : inventons des dispositifs pour combler le fossé entre French Tech et French Fab. Nous avons d’un côté, concentrés dans les métropoles, au sortir des universités et des écoles, une énergie et une matière grise magnifiques qui s’investissent dans les start-up. Bravo. Mais quand on regarde les projets traités dans les incubateurs (comme station F à Paris) on voit qu’ils sont souvent peu technologiques et, osons le dire, passablement futiles.

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Or nous avons de l’autre côté, souvent dans les villes moyennes, ce tissu d’ETI-PME innovantes avec de magnifiques problèmes en attente (matériaux, process, informatique, etc.) qui n‘arrivent pas à trouver les bonnes compétences. Connectons les problèmes et les compétences. Faisons enfin comprendre à nos ingénieurs et techniciens que l’industrie faussement dite traditionnelle est un extraordinaire champ d’innovation. Cela changerait la donne."

Pierre Veltz

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