Pourquoi les syndicats de Renault ont voté contre le plan d’économies

Lors du Comité central social d’entreprise ce 29 septembre, les quatre syndicats de Renault ont voté contre le plan d’économies présenté par la direction en mai.

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Usine Renault Cléon
L'avenir industriel de Renault en France est encore flou.

Front syndical uni contre le plan d’économies. Au Comité central social d’entreprise ce 29 septembre, qui s’est tenu au siège de Renault à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), la CFE-CFC, la CFT, FO et la CGT ont émis un avis défavorable au plan d’économies présenté le 28 mai 2020. Celui-ci prévoit 2,15 milliards d’euros d’économies d’ici et 4 600 suppressions de postes en France. L’avenir de certains sites industriels est en suspens. La direction prévoit de fermer le site de recyclage de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) et d’arrêter d’assembler ses véhicules à Flins (Yvelines).

Quel avenir pour l’ingénierie ?

Les premiers mots de Luca de Meo aux salariés n’ont guère apaisé leurs craintes. Le nouveau directeur général évoquait dans un mémo début septembre la nécessité de réaliser davantage d’économies que prévu initialement, en poursuivant le "redimensionnement de l’ingénierie".

L'étude réalisée par le cabinet Secafi, mandaté par CCSE, démontre pourtant que plus de 330 millions d'euros d'économies ont déjà été réalisées fin juin 2020 dans ce domaine. "Le cabinet pointe aussi quelque chose que l'on dénonce depuis longtemps, l'abus en matière d'externalisation, commente Laurent Giblot, délégué syndical central adjoint CGT. Nous tournons à 50 % de taux sous-traitance en moyenne, et jusqu'à 80 % dans certains domaines. Nous manquons de compétences en interne, cela hypothèque la possibilité de concevoir des véhicules complets. La direction veut réduire le recours à la sous-traitance à 30 % (ce qui équivaut à la suppression de 5 000 postes externes), tout en supprimant plus de 2 500 postes d'ingénierie en interne. C'est une saignée jamais vue".

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La CFDT pointe les risques psycho-sociaux liés à une telle réorganisation : "La soutenabilité de la démarche nous semble problématique et risque de mettre les salariés en souffrance. Des risques sont clairement identifiés dans l’expertise demandée par les élus, en particulier sur la mesure de la charge de travail qui est absente de cette approche comptable et qui risque de laisser beaucoup de salariés en mal-être, voire pire, en burn-out ou bore-out".

Les économies avant la stratégie ?

Plus largement, la CGT dénonce la tactique de la direction consistant à "morceller le plan plutôt que de l’annoncer dans son intégralité pour diviser les salariés". "Il y a une volonté d'avancer à marche forcée pour rassurer les marchés", dénonce Laurent Giblot. La CFE-CGC évoque un plan construit "à la hâte".

Pour la CFDT, voter sur un plan d’économies alors que le nouveau directeur général doit encore présenter sa stratégie globale (début 2021) est un non-sens. Le syndicat estime que ce plan "est déséquilibré en défaveur de la France, alors que nous ne voyons aucune contribution des autres pays européens du groupe". Le syndicat déplore aussi une absence de perspectives sur la stratégie mondiale de fabrication du groupe. "Comment discuter de l'avenir alors que l'on ne sait pas précisément ce que l'on va faire ?", s'interroge Laurent Giblot.

Quelle place pour le dialogue social ?

Le veto opposé par les syndicats au plan d’économies ne bloque pas le projet de la direction. Celle-ci peut choisir de rouvrir les discussions, ou poursuivre le processus engagé. Des "groupes de réflexion" thématiques doivent être mis en place dans les prochaines semaines.

Depuis mai, le syndicat CFE-CGC constate en tout cas "le retour à un dialogue social digne de Renault". "Depuis l’annonce du plan d’économies beaucoup de lignes ont bougé, preuve qu’il est possible d’agir et d’influer sur le cours des choses", se félicite-t-il. Un constat loin d'être partagé par la CGT, malgré la mise en place d'Observatoires des métiers au niveau national et local.

Les syndicats attendent des gestes concrets après les mots du nouveau directeur général qui souhaite "reconnecter Renault au territoire français". Le signe d’un début d’inflexion sur le Made in France ?

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