En Ile-de-France, les plans d'économies de Renault et PSA ébranlent la filière auto

En Ile-de-France, le plan d’économies du constructeur automobile Renault se répercute sur les sous-traitants et les ingénieristes. PSA repense aussi ses implantations dans la région.

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L’inquiétude pèse sur les salariés du site Renault de Choisy-le-Roi, spécialiste du recyclage de moteurs, qui doit fermer ses portes d’ici à 2022.

Premier pôle d’emploi national de l’automobile avec 73 000 postes en 2018, la région Ile-de-France voit plusieurs de ses bastions ébranlés par le plan de réduction des coûts du groupe Renault, dévoilé fin mai. Le constructeur au losange va fermer l’établissement de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), spécialisé dans la rénovation des organes mécaniques, et transférer ses activités dans son usine de Flins-Aubergenville (Yvelines). Au total, 264 salariés de Renault sont concernés.

Le déménagement, qui s’étalera entre 2021 et 2022, inquiète. "D’abord, il faut voir quels seront les effectifs dont Renault aura besoin pour poursuivre l’activité, s’interroge Brahim Hachouche, délégué syndical FO. Ensuite, Flins paraît loin. Des gens risquent de ne pas suivre. Cela dépendra de l’accompagnement proposé."

Ce déménagement irrite les élus locaux qui luttent pour le maintien du tissu productif sur leur territoire. Ils y voient une nouvelle illustration du départ des activités industrielles du cœur de l’agglomération francilienne pour ses franges.

Un mouvement ancien, confirmé par la décision de PSA de transférer vers Vélizy et Poissy (Yvelines), l’intégralité des salariés de son siège social de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), qu’il n’occupe pourtant que depuis 2017. Au titre de l’optimisation de son appareil industriel, Renault a, parallèlement, décidé de changer la vocation du site de Flins. Ce dernier, qui a encore produit 160 000 véhicules en 2019, n’en fabriquera plus aucun en 2024, après l’arrêt des chaînes de la Nissan Micra et de la Zoé électrique, les deux derniers modèles qu’il produit encore.

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Nouvelle vocation pour Flins

Bientôt septuagénaire, l’usine des Yvelines est fragile depuis longtemps et son obsolescence faisait peser des doutes sur son avenir. Il y a quelques mois, les partenaires sociaux avaient commandé une étude sur les capacités du site, avec en point de mire l’obtention d’une nouvelle plate-forme. "On veut pouvoir fabriquer une nouvelle voiture. C’est la seule garantie pour la pérennité du site. Mais le groupe nous a expliqué qu’il n’y aurait pas de nouvelle plate-forme, car il faudrait investir de l’ordre de 400 millions d’euros et aujourd’hui Renault n’est pas en état de le faire",, explique Mounir Mestari au nom du syndicat FO.

La faisabilité de l’ensemble des projets de reconversion de Flins est encore à l’étude. L’objectif affiché est d’y constituer un grand pôle d’économie circulaire. Les activités transférées de Choisy-le-Roi en seraient la première brique. Le site se verrait également confier la remise à neuf des véhicules d’occasion. Un projet portant sur la fabrication de prototypes est également évoqué. Parallèlement, la production de masques qui a commencé pendant la crise sanitaire va se poursuivre. Nul ne sait précisément dans quelle proportion cette mutation affectera l’effectif de l’établissement mais d’aucuns craignent qu’il perde 1 000 postes sur les 2 600 actuels. "Cela représente 250 disparitions de postes par an. L’idée est de privilégier les départs volontaires ou naturels, mais on a du mal à imaginer qu’en quatre ans, on puisse voir partir autant de personnes par départs naturels", relève Mounir Mestari.

L’ingénierie en première ligne

"Ne plus avoir de fabrication à Flins, cela va déséquilibrer tout un écosystème qui le plus souvent travaille pour Flins, mais aussi pour PSA à Poissy", s’inquiète, de son côté, Sophie Primas, sénatrice (LR) des Yvelines et ancienne maire d’Aubergenville. Dans son usine de Poissy, PSA emploie 3 300 personnes.

L’impact de ce coup d’arrêt ne sera pas immédiat. Mais on peut en voir les prémices au travers des difficultés du fabricant de sièges Adient Seating. Les contrats liant son usine de Rosny-sur-Seine (Yvelines) à Flins se terminent en 2022 et la direction de l’entreprise a fait part aux 170 salariés de son intention de fermer le site dès juillet 2022.

Renault veut également rogner 800 millions d’euros sur ses coûts de R & D et souhaite "une optimisation de l’utilisation des centres de R & D à l’étranger et de la sous-traitance". Sur les 4 600 postes que le constructeur prévoit de supprimer en France, 1 500 le seraient dans l’ingénierie. "Ce chiffre ne porte que sur les salariés de Renault. Mais, en parallèle, il va y avoir une forte diminution dans les rangs des ingénieristes extérieurs, car beaucoup de travaux aujourd’hui traités par des prestataires vont l’être à présent par l’ingénierie monde de Renault et plus forcément en France", déplore Guillaume Ribeyre, le délégué syndical central CFE-CGC de Renault.

Spécialisé dans le développement des moteurs thermiques, le Centre technique de Lardy (Essonne) de Renault, qui emploie 2 300 personnes, est lui aussi très menacé. "Nous estimons que 800 postes sont en danger dont 200 salariés de Renault et 600 prestataires", s’inquiétait dès juillet la CGT de l’établissement. Le Technocentre de Guyancourt (Yvelines) et ses 9 759 salariés Renault en activité, renforcés par quelque 3 000 prestataires, ne sera pas non plus épargné. Il conservera toutefois son statut de "forteresse technologique française" selon Jean-Dominique Senard, le président du conseil d’administration du constructeur. Et un rôle majeur dans le développement des technologies d’électrification et des transports intelligents.

PSA met le cap sur la grande couronne

L’abandon par le groupe PSA de son site de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), où il avait établi son siège social en 2017, marque une nouvelle étape dans la migration des activités du constructeur automobile vers la grande couronne de l’Ile-de-France. Les quelque 800 salariés des fonctions supports ne sont pas revenus à Rueil-Malmaison après la crise sanitaire et ont pris leurs quartiers pour la plupart à Poissy (Yvelines) et pour le reste à Vélizy (Yvelines). Ainsi se poursuit un mouvement initié avec le douloureux épisode de la fermeture du site historique d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), qui verra également le déménagement en 2021 de l’usine de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et le transfert de son personnel à Poissy. Cette ville, située à une trentaine de kilomètres de la capitale, devient ainsi la première commune automobile d’Ile-de-France et le principal pôle francilien de PSA. Le groupe y concentre une usine de production employant 3 300 salariés et un site tertiaire avec 6 200 personnes. S’y ajoutent 800 salariés du centre technique de la filière Groupe Moto Propulseur. Il est implanté à Carrières-sous-Poissy (Yvelines), mais seule la Seine le sépare du pôle de Poissy.

 

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