L’inflation de prix alimentaires grippe l’économie française

La hausse des prix des produits agroalimentaires devrait devenir le principal moteur de l’inflation d’ici à l’été, remplaçant les prix de l'énergie. La croissance, elle, va rester morne, avec un acquis de 0,6% attendu en milieu d'année 2023.

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L'inflation devrait atteindre 5,4% en juin, tirée par la hausse des prix des produits alimentaires.

Un an après le début de la guerre en Ukraine, la flambée des prix reste le principal casse-tête pour le gouvernement. L’inflation n’en finit pas de grimper. En février, l’indice des prix à la consommation a atteint son plus haut niveau, en hausse de 6,3% sur un an, légèrement plus que la première estimation réalisée par l’institut de statistiques. Selon l’Insee, le problème n’est pas près de disparaître. Même si l’institut de statistique estime que le pic d’inflation est atteint, l’inflation devrait encore être de 5,4% en juin.

Flambée des prix alimentaires

L’envolée des prix a cependant changé de nature. Ce n’est plus l’énergie qui tire la hausse des prix, alors que ceux du pétrole sont retombés sous les 75 dollars le baril, comme il y a un an... Mais la flambée des produits agroalimentaires. Au début de l’été, ceux-ci devraient augmenter à 15,5% sur un an, contre 14,8% en février. Et le mouvement n’est probablement pas fini. En début d’année, les négociations entre distributeurs et industriels ont abouti à des hausses proches de 10% des produits alimentaires dans les supermarchés. Leur répercussion sur le niveau des prix devrait être progressive. «Elle dépendra de l’écoulement des stocks déjà achetés par les distributeurs» et des efforts de marge effectués par ces derniers, reconnaît Julien Pouget, le chef économiste de l’Insee. Les prix des produits manufacturés au sens large devraient eux aussi continuer à augmenter. De quoi alimenter l’inflation sous-jacente, qui ne dépend pas des composantes volatiles.

Les ménages se sont adaptés face à cette valse des étiquettes. Selon l’Insee, plus de 40% des ménages ont réduit leur consommation. D’autant que tous ne sont pas égaux face à l’inflation, les hausses de prix pesant davantage pour les ménages les plus âgés, les ruraux ou les plus pauvres, avec des écarts variant de plus de 1 à 2,5 points. Conséquence: «Nous nous attendons à peu d’impulsion de la demande», reconnaît Julien Pouget. La consommation ne devrait pas retrouver d’élan d’ici à l’été. Même si l’emploi se stabilise, le pouvoir d’achat des ménages devrait se replier de 0,7% en acquis de croissance à l’été.

Privée de son moteur traditionnel, la croissance française devrait progresser de 0,1%, puis de 0,2% au cours des deux premiers trimestres de 2023 seulement. Avec un acquis de croissance à mi-année de 0,6%, la perspective de 1% de croissance visée par le gouvernement n’est pas inatteignable, mais paraît ambitieuse. De fait, le seul vrai moteur de l’économie reste l’investissement des entreprises, toujours dynamique – avec une hausse de 0,6% au premier trimestre, puis de 0,5% au second – malgré la remontée des taux, notamment en équipements informatiques.

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Les marges des entreprises en hausse

Cette résistance s’explique aussi par le maintien des marges des entreprises. A 33,5% début 2023, elles sont proches de leur niveau de 2010, selon l’Insee. Face à la flambée des prix de l’énergie, les entreprises ont en priorité augmenté leurs prix de vente, pour près de la moitié d’entre elles. Et plus de 40% prévoient de le faire dans les prochains mois. 30% prévoient de comprimer leurs marges. Cette situation s’applique notamment aux entreprises agroalimentaires. Celles-ci ont restauré leurs marges en 2022, après les avoir comprimés en 2021. C’est ce qui explique, avec la flambée des matières premières, le bond des prix des produits alimentaires.

L’Insee ne se prononce pas sur les comportements de l’industrie agroalimentaire pour cette année. Mais de façon plus large, l’institut de statistique estime que les marges des entreprises devraient encore se redresser début 2023, grâce à la première tranche de baisse de l’impôt de production. De façon plus conjoncturelle, les entreprises ont aussi versé davantage de salaires à la fin de l'année 2022, avec le versement de primes exceptionnelles cumulées de 4 milliards d'euros selon l'Insee. Mais ces dépenses ne se prolongeront pas en 2023, ce qui devrait là aussi permettre de regonfler les marges.

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