Le nouveau rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) promettait d’être scruté. Sa précédente mouture, parue en novembre 2022, sous couvert d'un intitulé sobre - «l’inflation des produits alimentaires» -, avait passé au crible la marge des acteurs de la filière alimentaire. Ses conclusions avaient nourri les négociations commerciales achevées début mars : alors que l’excédent brut d’exploitation (EBE) des agriculteurs avait progressé de 12% entre 2019 et début 2022, celui des industries agroalimentaires s’était enfoncé de 16%, pendant que celui de la distribution était resté stable. Les industriels avaient servi l’argument de la baisse de leur marge à l’envi. Mais la situation aurait changé en fin d'année dernière.
«L’EBE a rebondi de 50%»
Dans le sillage des données publiées par l’Insee le 28 février, Bercy acte un renversement de la tendance dans une "mise à jour" de son rapport parue ce 6 mars - qui serait désormais publié tous les trimestres. «L’EBE a rebondi de 50% au second semestre 2022 dans le secteur de l’industrie agroalimentaire, effaçant ainsi les pertes par rapport à 2019», souligne ce nouveau document. Il n’en fallait pas moins pour que le ministre de l’Economie Bruno Le Maire appelle ce 6 mars à une réouverture des négociations commerciales pour le mois de juin.
«En juin, nous referons un point avec les distributeurs et nous demanderons aux industriels de renégocier leurs prix. Aujourd’hui, les coûts sont en train de baisser (…). Il n’y a aucune raison pour que les répercussions à la hausse se fassent immédiatement mais pas les répercussions à la baisse», a-t-il annoncé à l’occasion d’une conférence de presse consécutive au lancement d’un label "trimestre anti-inflation". Cette opération consiste en un engagement des distributeurs à prendre sur leurs marges pour amortir l’inflation sur un ensemble de produits de leur choix. Elle consacre une fois pour toutes la fin du panier "anti-inflation" sur 50 catégories de produits qui était envisagé un temps par le gouvernement.
Mais si les industries agroalimentaires ont retrouvé de l’air, l’IGF souligne que "les données mobilisées sont arrêtées au quatrième trimestre 2022 et ne permettent pas d’anticiper l’évolution des marges en 2023, notamment au regard de la forte volatilité du taux de marge en 2022". L’EBE des industriels a atteint un point historiquement bas début 2022 avant de remonter en flèche. Quant à l'année référence au "rebond" - 2019 -, elle procède déjà d'une longue période de déflation qui a contracté la marge des industries agroalimentaires.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
L'ensemble des acteurs améliore sa marge
L’IGF note que cette amélioration des comptes touche l’ensemble des maillons de la chaine. Les agriculteurs déjà, dont l’EBE «se situe désormais 27% au-dessus de son niveau de 2019». Une augmentation à mettre en perspective, les inspecteurs de Bercy rappelant justement dans leur précédent rapport que «la population agricole dispose, historiquement, d’un niveau de vie inférieur à celui de la population française en emploi».
Les enseignes de la grande distribution s’en tirent aussi à bon compte. «L’EBE du secteur du commerce progresse de 9 % par rapport à 2019 et son taux de marge serait 0,7 point au-dessus de son niveau d’avant crise (moyenne 2017-2019)», détaille le rapport. Précision importante, le secteur du commerce inclut le commerce de détail et de gros, alimentaire ou non. La grande distribution aurait donc un certain matelas pour financer une opération «trimestre anti-inflation» qui lui coûtera «plusieurs centaines de millions d’euros», dixit Bruno Le Maire.
«Elle concernera principalement nos marques distributeurs», a détaillé Alexandre Bompard, le patron de Carrefour présent aux côtés du ministre de l’Economie. Le premier rapport de l’IGF avait souligné, sur une gamme limitée de produits certes, la capacité de la grande distribution à diminuer sa marge brute de manière «très significative» sur certains produits pour la reporter sur d’autres, rappelant son modèle économique «multi-produits». Un jeu de vases communicants en perspective ?



